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© Un type bien

Lundi 5 mai 2008
Je suis prêt à parier qu’il va me redemander encore la même chose.



Quand j’entrais dans l’appartement, Abigail m’attendait. Assise dans le petit fauteuil vert prés de la fenêtre elle regardait dehors le fleuve qui passait devant chez nous. Chez nous. Cela allait peut-être prendre une signification plus précise d’ici peu. Je lui souris en allant déposer mon sac dans la cuisine puis je revins au salon quelques instant après avec deux tasses de thé et quelques biscuits que je venais d’acheter. Je m’assis dans le canapé, ne sachant toujours pas par où commencer. Je choisis une approche détournée et amenais la conversation sur la journée passée chez sa mère, avec sa famille. Je lui disais à quel point j’avais trouvé son frère sympathique et sa mère accueillante et gentille. Je ne tarissais pas de compliments à leur égard – je gagnais du temps en fait – et elle s’en rendit compte. Elle me coupa dans ma lancée en me disant tout de go que son frère lui avait dit que j’envisageais de rester vivre ici. Elle avait dit ça avec un sourire remplit d’espoir. Je lui répondis simplement que c’était effectivement ce que j’avais dis à Brian. Je pris la précaution de ne pas mettre trop d’enthousiasme dans ma réponse pour bien lui montrer que cela me causait néanmoins du soucis et me mettait face à de nombreuses questions. J’argumentais ensuite. Reprenant quasiment mot pour mot ce qu’Amandine m’avait dit. Je lui expliquais que c’était une lourde décision à prendre, que cela impliquerait pas mal de choses et des procédures sans doute assez complexe et qu’il se pourrait que je doive même retourner en France un temps pour régler tout ça.

 

Elle m’écouta avec attention et toujours en souriant. Etrangement la perspective de me voir repartir pour un temps ne la dérangeait pas outre mesure. Surtout, ajouta-t-elle que en tant que français, et grâce à la « Old Alliance » je n’aurais aucun mal à obtenir un titre de séjour permanent dans le pays – il me suffisait pour cela de trouver un emploi où d’avoir un lieu de résidence fixe – et que mon retour sur le continent ne serait que formalité le temps de boucler mes bagages et de me débarrasser du restes. Je me souviens ne pas avoir aimé le fait qu’elle ait employé cette expression là. J’eu tout de suite en tête l’image des gens que je connaissais et non pas des choses que je possédais. Ainsi ça impliquait pour elle que je dise adieu à tout le monde, ou au moins un au revoir qui en aurait l’arrière goût. Néanmoins elle semblait tellement heureuse que je ne relevais pas la phrase. Je me contentais pour la suite de la conversation de lui montrer que m’installer ici avec elle impliquerait un peu plus que de simple formalité. Ne serait-ce que de part mon travail, je devais respecter un préavis d’au moins un mois. J’ajoutais aussi divers éléments pour refreiner un peu son enthousiasme tel que les impôts qui songeraient sans doute à une fuite fiscale et que je devrais les convaincre du contraire. Je finis enfin mon argumentaire en assénant un dernier coup. J’avouais que c’était pour moi la première fois que j’envisageais de vivre avec quelqu’un et que j’avais par conséquent besoin d’être sur avant de prendre une décision définitive. J’espérais secrètement qu’elle comprenait mon trouble.

 

Son sourire s’atténua un peu au fur et à mesure que j’exposais mes arguments mais il ne disparu pas. Abigail était une femme intelligente et savait très bien que je pouvais éprouver des doutes quand à notre avenir. Après tout, deux mois auparavant nous ne savions rien l’un de l’autre. Elle ne me poussa pas plus loin dans mes retranchements mais promis de m’aider à faire les démarches nécessaires en temps et en heures et me lança dans la foulée le journal du jour en me disant de commencer à regarder les offres d’emploi. Je l’attrapais au vol et me mis à rire. Un rire un peu forcé je l’avoue. J’eu à nouveau la sensation d’être pris au piège mais je chassais rapidement cette idée de mon esprit. Je n’étais pas piégé, j’avais peur de l’inconnu et du bouleversement dans ma vie que pouvait provoquer mon installation ici. Aussi de bonne grâce j’ouvrais le journal à la rubrique des petites annonces et commençais à éplucher les offres qui y étaient proposé. Très rapidement Abigail vint me rejoindre sur le canapé et se blottit contre moi. Une demi-heure plus tard je n’avais rien vu qui correspondant de prés ou de loin à mes compétences, mais je ne perdais pas espoir. J’envoyais valser le journal sur la table basse. Je dis à Abigail que dès le lundi suivant j’irais de mon propre chef en ville voir ce qu’il pouvait y avoir comme travail pour une sentinelle expatriée.

 

Nous finîmes la journée enlacés dans le canapé à imaginer ce que pourrait être notre vie future. Petit à petit je prenais conscience que je ne subissais pas cette pression, je me l’imposais. Je lâchais prise et devenais acteur de mon avenir et je commençais à imaginer très  sérieusement la signification de mot comme « mariage » ou même « enfant ». Bien sur je gardais pour moi ces réflexions. J’avais déjà franchit un cap de plus ce jour-là. J’envisageais sérieusement, et avec toute la conscience que cela impose, de faire ma vie avec quelqu’un. Pour moi qui cherchais avant mon départ des réponses à tous mes problèmes relationnels, j’estimais que j’avais fait ma part pour la journée. Je devais réfléchir et bien prendre conscience des raisons qui avait fait qu’avec Abigail ma vie avait cessé de clocher. Je repensais à cette phrase de Perec. Je vivais un rêve, c’était pour cela que ma vie allait mieux depuis que je connaissais Abigail. Je n’étais plus dans le monde réel depuis notre rencontre. Je ne voyais pas d’autre explication.

 

Cette nuit là je ne parvins pas à trouver le sommeil. Aussi je me levais et allais m’installer dans le salon. Machinalement j’ai pris une feuille de papier et j’écrivis à Amandine. Je lui racontais tout, ma décision, les démarches, les doutes et les difficultés qui se présentaient à moi. Je lui demandais ensuite comment cela se passait pour elle – sous entendu qu’elle me raconte son idylle – et finissais ma lettre en l’embrassant et en espérant avoir de ses nouvelles rapidement. Je ne fermais pas l’œil de la nuit et donc à l’aube je sortis dans le jour naissant pour aller poster ma lettre. J’en profitais alors pour faire un détour par la boulangerie qui ouvrait à peine ses portes. Je fis le plein de scones juste sortis du four et d’autres douceurs écossaises. Je remontais ensuite chez nous. Après avoir posé  mon butin j’allais dans la chambre et m’allongeais à ses cotés, j’attendais son éveil et je profitais de sa douce et calme présence. Finalement je m’endormis en lui tenant la main.

 

Je passais la semaine suivante à entreprendre toute les démarches pour pouvoir rester vivre en Ecosse. Je pouvais facilement justifier d’un lieu de résidence permanent, il suffit pour cela de faire faire par Eileen quelques documents attestant bien que je résidais dans l’appartement au dessus du pub. Ceci ne pris que peu de temps mais le fait de lui en avoir parlé à une heure de forte affluence au Glenalbyn me mis dans la délicate position où pour fêter l’événement  je du offrir une tournée et me fit offrir quelques verres par les habitués que je connaissais le plus. Forcément après un tel traitement je dus repousser au lendemain ma visite au service d’immigration. Je n’étais pas en état d’expliquer clairement ma démarche sans risquer de me faire jeter dehors ou emmener en cellule de dégrisement pour cause d’ivresse dans un bâtiment d’état. Pensant qu’un casier judiciaire remplit avant même une naturalisation ne serait pas bien vu, je préférais remonter chez nous et passer un moment avec Abigail avant qu’elle ne prenne son service pour la soirée.

 

Durant cette semaine j’allais aussi à plusieurs entretiens pour du travail, entre autre à l’antenne locale de la BBC sur les hauteurs au sud de la ville, pour un poste d’archiviste. Pas très concluant. Apparemment la méthode de classification qu’ils utilisaient ne pouvait être comprise que d’eux même. J’allais aussi tenter ma chance dans toute société qui avait un bureau vide et un téléphone libre. A chaque fois je présentai mon travail et mes compétences. Force fut pour moi de constater que le métier de sentinelle est l’une des nombreuses exceptions française. On me regardait comme une bête curieuse quand j’expliquais que mon travail consistait à faire gagner du temps à ma société en renvoyant, pour un temps, les clients mécontents vaquer ailleurs. Le tout bien sur en leur laissant croire que nous faisions tout pour les aider. Il semblerait qu’en Ecosse on préfère assumer ses erreurs et en payer le prix. Et comme on me le fit remarquer, on n’a pas d’erreur à assumer quand, à la base, on fait bien son travail. Après une journée comme celle-là j’étais au bord de la dépression. Mon travail n’avait-il aucun sens finalement ? Je rentrais le soir en passant par le pub pour noyer mon amertume au fond d’une pinte et me remonter le moral en bavardant avec Abigail et les habitués.

 

Le lundi suivant, en passant devant le bureau de poste, je saluais de la main Robin qui était à l’intérieur. Il me fit signe d’entrer et me remis une lettre et nous échangeâmes quelques mots. En sortant je découvris sans surprise que c’était une lettre d’Amandine, mais le contenu lui, me surpris au plus haut point. Je relus plusieurs fois la lettre pour être bien sur de comprendre. C’était on ne peut plus clair, elle souffrait et avait besoin de moi. Je me devais d’être là.

 

Après cette lecture, mon enthousiasme déclinait à vue d’œil quand aux démarches pour ma naturalisation et mon installation en Ecosse. Comment pouvais-je en toute conscience de la chose envisager de rester ici alors que mon amie était au fond du gouffre ? C’était plus qu’un appel à l’aide qu’elle m’avait lancé. Elle avait été la première au courant de ma décision, elle était même heureuse pour moi d’après ses dires. Si elle m’avait envoyé cet appel de détresse ce n’était pas pour rien. Je n’étais pas son seul ami mais c’était à moi qu’elle avait demandé de l’aide – implicitement – en me demandant si je rentrais en France prochainement. En rentrant à l’appartement, je  savais qu’Abigail ne serait pas là. Sans réfléchir je saisis le téléphone et appelais Amandine. Je l’appelais et lui dis simplement que je rentrais. Dès le lendemain.

 

Conscient de ce que je venais de dire et faire, je devais présenter la chose de la meilleure manière possible à Abigail. Je ne pouvais pas partir comme ça sans lui expliquer. Je descendais donc au pub et la trouvait derrière le comptoir. Je pris un air grave mais lui annonçait avec un sourire que je voulais lui parler en tête à tête. Je lui donnais rendez-vous plus tard, après son service, au restaurant indien que nous fréquentions régulièrement. Puis je remontais et préparais rapidement mes bagages et les cacher dans un coin au cas où Abigail remontrait après son service. Ceci fait, je suis sorti et je marchais le long des berges du fleuve en réfléchissant à ce que j’allais lui dire. Comment faire pour lui annoncer que demain soir je ne serais plus là et que je ne savais pas quand j’allais revenir ? Je marchais pendant tout le reste de l’après midi et le jour déclina amenant un surplus de noirceur à mon humeur déjà morose. Finalement je me dirigeais à l’heure prévue au restaurant. Je poussais la porte et trouvait Abigail assise à notre table habituelle. Je m’assis face à elle. Avec le plus grand sérieux et la plus grande volonté possible face au sourire qu’elle arborait je lui dis que je partais le lendemain.

 

Son sourire s’évanouit alors comme brûle un feu de paille. L’espace d’une seconde elle était passée de la joie d’être ensemble à l’incompréhension la plus totale. Elle était passée littéralement de la vive lumière au tas de cendres – pour reprendre la métaphore incendiaire.


par Un type bien publié dans : Roman live
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Mercredi 9 avril 2008

J’ai tout mon temps. C’est vous que ça va gêner, pas moi. Lui répondre quelque chose de gentil.



J’avais implicitement était accepté dans le clan et à table je fus installé à la place d’honneur, en face de Katherine. Le repas se déroula dans la meilleure des ambiances et je goûtais alors l’un des meilleurs haggis de toute mon existence. Il n’avait pourtant rien d’exceptionnel au demeurant mais il avait un goût de bien-être, de simplicité, de famille. Je découvrais également que le white pudding peut être traître. On me mit d’ailleurs en garde lorsque je me resservis une seconde part car sous son apparence innocente de céréales, de lait et de viande de porc mélangés il me tomba sur l’estomac comme une brique chaude et délicieuse. Je me disais que je ne mangerai plus pendant une semaine après un tel repas. Je passais d’ailleurs une heure ensuite à somnoler sur ma chaise sous le regard bienveillant de Katherine qui appréciait que je fasse autant honneur à son plat. Je me sentais comme un gros chat qui viens de finir son écuelle de pâté et qui ronronne couché sur un radiateur. Pour un peu je me serais endormi sur place.

 

Arriva finalement le moment de débarrasser la table et d’avoir une activité productive. Je proposais mon aide spontanément, surtout pour me réveiller et éliminer un peu le surplus dans mon estomac, mais on me renvoya à ma chaise encore une fois. Cependant ne voulant pas rester les bras croisé après une telle offrande de mets je décidais de sortir prendre l’air et voir si à l’extérieur il n’y avait rien que je ne puisse faire. Je pensais à rentrer les poubelles, déblayer l’allée ou tout autre activité simple. Finalement mon choix se porta sur un tas de bûche contre l’appentis qui ne demandait qu’à être débité. Relevant mes manches, je saisis la hache appuyée contre qui n’attendait que moi et  commençais à couper du bois. Le bruit attira quelques têtes à la fenêtre et bientôt Brian sortit à son tour pour me donner un coup de main. Nous parlâmes peu, sans doute à cause de l’effort qui nous prenait tout notre souffle, mais j’eus avec lui la typique conversation entre petit ami et grand frère. Il me rappela à quel point il tenait à sa sœur et je compris sans mal que je devrais bien me conduire avec elle sous peine d’en subir les conséquences. Je le rassurais sur mes intentions et évoquais pour la première fois de vive voix l’éventualité de rester faire ma vie en Ecosse. Il s’arrêta tout net dans son ramassage de bûches – que je fendais sans m’interrompre – alors que j’eus prononcé la phrase fatidique. Je me rendis alors compte moi-même de ce que je venais de dire. Je m’arrêtais et posais la hache à mes pieds. Brian me souriait. Il m’asséna une tape sur l’épaule et continua à ramasser le bois en silence. Je continuais à débiter des bûches en silence, repensant à ce que je venais de lui dire. Il semblait que mon instinct m’avait poussé sur un chemin que j’appréhendais de prendre. Au bout d’une heure environ Je posais la hache et soufflais, Brian me sourit et me dit en riant que nous avions assez de bois pour tout l’hiver. Il m’entraîna ensuite à l’intérieur de la maison, les bras chargés de bois de chauffage, et une fois dans la cuisine – où les enfants jouaient tranquillement – il nous servit à chacun un dram et nous bûmes de concert, sans un mot. A peine échangeâmes-nous un sourire de connivence. Brian allait peut-être devenir mon beau-frère dans un avenir plus ou moins proche. Cette pensée me fit sourire et me fit peur en même temps. Du bruit nous indiqua que les femmes étaient réunies au salon. Nous allâmes les rejoindre. Je craignais que Brian n’évoque notre petite conversation. Je n’avais jamais abordé le sujet avec Abigail et je ne voulais pas que la première fois se fasse devant toute sa famille réunie. J’avais dis à Brian que j’envisageais de rester vivre ici mais au fond de moi je n’en étais pas vraiment sur. Sans doute avais-je parlé ainsi pour le rassurer, mais l’idée maintenant évoquée commençait à faire son chemin dans mon esprit et alors que nous nous assîmes et que Katherine nous remerciait pour le bois je me disais qu’il faudrait très vite en parler avec Abigail. Sans vouloir paraître trop inquiet vis à vis la situation, mon avenir en dépendait. Il fallait que je lui parle. Rapidement.

 

L’après midi s’écoula entre tasses de thé et conversations sur un peu tout les sujets possibles. Nous abordâmes entre autre la France et les relations historiques qui l’unissait à l’Ecosse – union, voila bien un mot que je ne voulais pas entendre prononcer cet après midi là – et bientôt le ciel rougeoya. Susan sorti de la maison et alla signaler aux enfants qu’il était temps pour eux de partir. Ils protestèrent vivement mais finirent par rentrer et allèrent dire au revoir à leur grand-mère et leur tante. Ils se jetèrent également tout les deux sur moi et m’embrassèrent. Les enfants venaient une fois de plus de me confirmer que je faisais parti du clan désormais. Nous raccompagnâmes la petite famille jusqu’à la voiture et je vis alors Brian échanger quelques mots avec sa sœur en me regardant du coin de l’œil. Abigail eut l’air surprise et sourit juste après. J’en étais sur, Brian avait vendu la mèche. Je ne pouvais plus nier ce que j’avais dis maintenant et encore moins ranger ces pensées dans un coin de ma tête et remettre à plus tard la conversation imminente que j’allais avoir avec elle. Mais je me dis qu’il serait bien assez tôt le moment d’en parler, aussi fis-je comme si de rien n’était et m’absorbais dans la contemplation du paysage.

 

Une fois Brian et sa famille partis, nous rentrâmes à l’intérieur. Abigail déclara qu’il était temps aussi pour nous de partir. Je ne pouvais qu’approuver mais en même temps j’appréhendais notre départ car elle me lança à plusieurs occasions des coups d’œil qui en disait long sur ce que Brian lui avait dit plus tôt. Elle voulait aborder le sujet au plus tôt. Cela se sentait. Nous prîmes donc congé de Katherine et partîmes à notre tour de Fairburn. Je pris le volant pour rentrer. Cela étonna beaucoup ma compagne et je me justifiais en lui expliquant qu’il faudrait bien que je me fasse tôt ou tard au levier de vitesse à gauche. Elle rebondit sur ma réplique aussitôt en rétorquant que je devrais de toute façon faire revalider mon permis de conduire si je comptais rester ici. J’étais au pied du mur mais je n’avais pas eu le temps de bien me préparer à cette conversation. Aussi me contentais-je de la regarder en souriant et de reporter aussitôt mon regard sur la route en détournant la conversation sur l’itinéraire à prendre pour rentrer chez nous. Elle n’insista pas plus durant tout le trajet.

 

Je savais qu’une fois rentrés je ne pourrais pas échapper à une explication. Pendant le trajet du retour j’essayais de réfléchir à ce que je pourrais lui dire. Je pesais le pour et le contre dans ma tête. J’avais certes dis à son frère que j’envisageais de rester mais ma décision n’était pas encore arrêtée. Je repensais soudain à Amandine. D’habitude quand je prévoyais de prendre une décision importante je la consultais et nous en discutions. Là je devais agir seul. C’était bien dans l’optique de mon voyage, voir si une fois isolé je pouvais mieux gérer ma vie. Je repensais à la dernière fois que nous avions parlé. Je songeais à ce que nous nous étions dis au téléphone. Elle avait quelqu’un dans sa vie, elle semblait heureuse. Pour elle, mon éloignement c’était révélé bénéfique. Pour moi aussi cela avait été bénéfique et ça continuait à l’être, peut-être même pour longtemps encore. La boule d’angoisse revint m’étreindre le ventre. Et si je restais ici, que deviendrais notre amitié ? Avant même d’avoir pris une décision je savais qu’elle me manquerait si je ne la voyais plus. Je ne savais pas comment gérer ça. Je m’enfermais dans un mutisme songeur tout le restant de la route.

 

En arrivant chez nous je dis à Abigail que je devais aller faire une course et que je ne serais pas long. Je retardais un peu l’inéluctable et je devais mettre à profit ce temps qu’il me restait. J’allais donc rapidement au magasin du coin de la rue et achetais quelques broutilles afin d’avoir de quoi justifier mon absence. Puis je m’arrêtais à la cabine téléphonique et composais le numéro d’Amandine. Je devais lui parler. Cela ne pouvait pas attendre, c’était trop important, trop de choses allaient dépendre de la conversation que j’allais avoir avec Abigail dans l’heure qui allait suivre. Par chance elle était chez elle.

 

J’étais heureux de l’entendre et c’était également son cas. Nous échangeâmes quelques banalités mais très rapidement j’en vins aux faits. Je lui racontais par le menu les événements en essayant d’être le plus clair et le plus concis possible – je n’avais pas un temps illimité devant moi – et elle m’écouta avec beaucoup d’attention. Comme toujours je passais sous silence certains aspects des événements mais je laissais planer des silences équivoques pour qu’elle comprenne ce que je taisais. J’essayais d’être le plus objectif possible en lui expliquant que je vivais quelque chose de merveilleux et que j’étais sur le point de faire un pas de géant par rapport à toutes les relations que j’avais eu par le passé. Je lui demandais conseil, à elle qui me connaissait si bien. Elle prit le temps de réfléchir à ce que je venais de lui dire et finalement m’exposa ses arguments. Pour Amandine, je devais être honnête avec Abigail et lui dire que j’envisageais de rester mais que j’avais toujours des doutes et qu’il me faudrait sûrement un peu de temps pour prendre une décision définitive. Elle m’encouragea également à prendre les devant dans l’expectative de mon installation définitive en Ecosse, en commençant par exemple, à chercher du travail et en contactant mon employeur actuel pour négocier un licenciement, mon bailleur pour raccourcir mon préavis, ma banque pour clôturer et faire transférer mes avenants à l’étranger, bref régler mes attaches administratives pour préparer la transition au mieux si cela se faisait. Comme toujours elle avait vue plus loin que moi toutes les implications que ma décision allait engendrer, quelle qu’elle soit. Néanmoins je pensais qu’il était encore trop tôt pour penser à tout cela mais je me disais également que c’était une bonne manière de savoir si j’étais sur de ce que je voulais, de savoir si je voulais rester ici et vivre avec Abigail. Je la remerciais pour ces précieux conseils et lui promis de l’appeler très prochainement pour lui dire ce qu’il était ressorti de la conversation que j’allais avoir sous peu. Je lui dis enfin qu’elle me manquait et je raccrochais après qu’elle m’ait dit – dans un soupir – que je lui manquais également.

 

Je restais un instant la main sur le combiné à réfléchir. Elle avait raison, je devais faire face et affronter tout les bouleversements que pouvait impliqués ma décision. Je ramassais alors mon sac de courses et remontait la rue pour avoir la conversation que j’avais toujours redoutée.

 

par Un type bien publié dans : Roman live
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