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Hier soir j’ai passé le début de la soirée chez mon ami du jeudi. Il est prévu depuis un moment déjà que lui, d’autres camarades et moi-même allions au mois de juin nous mettre dans la peau de personnages imaginaires le temps d’un week-end. Et hier soir je venais lui rendre visite pour lui permettre de faire un choix dans mes frusques et se préparer un costume digne de ce nom. Après une séance d’essayage sous le regard hilare de la demoiselle de cœur de mon ami du jeudi nous avons mangé ensemble et bavardé un peu.
La soirée n’était pas trop entamée mais je sentais bien qu’il ne fallait pas que je rentre trop tard, comme une intuition. D’autant que je m’en serais voulut de priver les deux tourtereaux d’un peu d’intimité. Je me suis donc éclipsé aux alentours de neuf heures et demie mais avec comme idée de faire une petite balade et profiter un brun de l’air frais mais doux de cette soirée de printemps.
Me voila donc arpentant Rihours, puis Gambetta, puis Solferino, puis Vauban. Je n’était plus très loin de chez moi et je commençais à me faire à l’idée de passer cette fin de soirée devant mon écran ou le nez dans un bon bouquin – un café à la main cela va de soi. Devant moi j’ai remarqué alors une jeune femme qui marchait d’un pas assuré et dont les cheveux ondulaient au gré de ses pas. Tout d’abord intrigué, je me suis demandé qui elle était, ce qu’elle faisait là. Bref j’essayai de lui inventer une vie. J’ai continué donc à avancer en imaginant son histoire et j’ai remarqué très vite que nous allions dans la même direction.
Ne l’ayant vu que de dos jusque là je me demandais tout à coup de quelle couleur pouvaient bien être ses yeux. J’étais alors à moins de vingt mètres derrière elle. Sans vraiment réfléchir, j’ai allongé le pas et je l’ai rattrapé au coin du carrefour de Cormontaigne. Je l’interpelle…
- Mademoiselle !
Elle s'arrête et se retourne.
- ...
- Ca fait quelques instants que je marche dans la même direction que vous et je me demandais de quelle couleur étaient vos yeux.
-...
Je la regarde droit dans les yeux et elle soutient le regard, en souriant. Je découvre alors qu’elle a les yeux bleus.
- Je m'appelle untel. Dis-je en lui tendant la main qu'elle prend. Et vous ?
- Untelle...
Sans lui lâcher la main
- Untelle vous avez des yeux magnifiques.
- Merci. Dit-elle en souriant
Je m'en vais alors après lui avoir souhaité une bonne fin de soirée dans un sourire. Mais je me ravise et je fais demi-tour, je l'interpelle à nouveau et pour la rejoindre je traverse les buissons du carrefour, je me retrouve donc sur une pierre – a plus d’un mètre du sol – au milieu des arbustes. J'enchaîne sans hésitation malgré le ridicule de ma situation et un passant promenant son chien qui me regardait d’un air interrogateur.
- J'habite le quartier et j'aimerais beaucoup vous inviter à prendre un café la prochaine fois qu'on se croisera.
- Oui, d'accord.
- A une prochaine fois alors. Bonne fin de soirée.
- Bonne fin de soirée aussi.
Et je suis rentré chez moi avec le sourire.
Je me demande encore pourquoi je ne lui ai pas demandé son numéro, ou même proposer de l’accompagner un bout de chemin. Sans doute parce que ça aurait été trop facile et peut-être trop rapide. Je vais devoir squatter un peu plus souvent ce carrefour si je veux revoir ces jolis yeux bleus. En rentrant chez moi je me demandais toujours ce qui m’avait pris de faire ça. Ça ne me ressemble pas, je ne fais pas ça d’habitude. Peut-être que le temps qui passe me pousse à croire qu’il faut savoir se jeter à l’eau pour faire bouger les choses. Je me demande quand même si je la recroiserai un de ces jours ? Je l’espère…
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