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Je trouve que la vie nous fait parfois des blagues plutôt douteuse. Ce matin, je me suis levé avant le soleil comme à l’accoutumée – du moins depuis que j’ai changé de service – et j’ai pu me délecter du lever de l’astre de jour avant de partir à un rendez-vous matinal puis directement au boulot. J’arrive donc avec un peu de retard – j’avais prévenu – et j’entame mon énorme pile de dossiers laissés la veille au soir sur mon bureau. Je commence donc mes vérifications et je passe presque une heure sur seulement deux dossier tant l’administration est lente à la détente. Je me demande d’ailleurs s’ils ne le font pas exprès juste pour nous mettre en rogne. Bref je passe deux heures au téléphone avec des employés administratifs qui n’ont pas l’air d’être très motivé à l’expectative d’aller chercher des informations aux archives.
Il est presque midi et je sais que bientôt sonnera pour moi l’heure de la solitude dans ce grand bureau et je pourrais coucher ma prose quotidienne sans risque d’être pris en flagrant délit de production littéraire non autorisée. Soudain je réalise que mon ordinateur me fournit des informations étranges sur le dossier que je traite. Je me tourne vers ma collègue – appelons la Rita – qui me fait comprendre que je bosse un peu pour rien depuis hier midi. De tout les dossiers que je suis en train de traiter, en respectant la procédure standard, plus de la moitié sont déjà intégrés au système et donc je viens de perdre environ sept heures de boulot.
Enervé, je sors donc faire un tour dehors et passer un petit coup de fil à mon amie des arts pour penser à autre chose et régler un détail pour un rendez-vous entre amis le lendemain soir. De plus, le temps étant plus que clément en ce jour ça serait un crime de ne pas en profiter un peu. Je sors donc pour aller prendre ma dose de soleil en regardant les jardiniers replanter les parterres et je tombe nez à nez avec l’intrigante que je croise régulièrement. Moi, énervé je lui accorde à peine un regard – sans doute chargé de rancœur – et en retour je me vois octroyé un charmant sourire et un « bonjour ». Une première. Jusqu’à aujourd’hui je n’avais jamais eu droit à plus qu’un simple hochement de tête poli même à la machine à café. J’ai donc passé mon chemin et je suis allé téléphoner.
Une conversation amicale et un peu de soleil plus tard je suis donc remonté à mon poste et bizarrement le fait de devoir repasser tout mes dossiers traités depuis deux jours à la moulinette de vérification ne me semble plus aussi énervant que cela. Comme quoi il arrive qu’un simple sourire inattendu, un bonjour et un appel à une amie – non ce n’est pas mon dernier mot Jean-Pierre – suffisent à faire passer l’affreux sentiment d’avoir perdu son temps. On dit qu’en toute chose un malheur a du bon. Je crois que si je n’avais pas du revérifier tous ces dossiers je n’aurais jamais eu ce sourire de l’intrigante.
Les petits plaisirs sont les meilleurs, surtout quand ils sont aussi inattendus que bienvenus. Je m’en vais méditer là-dessus. Avec le week-end pourri qui s’annonce, le souvenir d’un sourire ensoleillé suffira à me faire patienter et supporter le temps qui va se gâter.
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