Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Avertissement

L'ensemble des textes présents sur ce site sont et restent l'entière propriété de son auteur. Toute utilisation, même partielle doit faire l'objet d'une demande préalable.

© Un type bien

Mercredi 9 avril 2008

J’ai tout mon temps. C’est vous que ça va gêner, pas moi. Lui répondre quelque chose de gentil.



J’avais implicitement était accepté dans le clan et à table je fus installé à la place d’honneur, en face de Katherine. Le repas se déroula dans la meilleure des ambiances et je goûtais alors l’un des meilleurs haggis de toute mon existence. Il n’avait pourtant rien d’exceptionnel au demeurant mais il avait un goût de bien-être, de simplicité, de famille. Je découvrais également que le white pudding peut être traître. On me mit d’ailleurs en garde lorsque je me resservis une seconde part car sous son apparence innocente de céréales, de lait et de viande de porc mélangés il me tomba sur l’estomac comme une brique chaude et délicieuse. Je me disais que je ne mangerai plus pendant une semaine après un tel repas. Je passais d’ailleurs une heure ensuite à somnoler sur ma chaise sous le regard bienveillant de Katherine qui appréciait que je fasse autant honneur à son plat. Je me sentais comme un gros chat qui viens de finir son écuelle de pâté et qui ronronne couché sur un radiateur. Pour un peu je me serais endormi sur place.

 

Arriva finalement le moment de débarrasser la table et d’avoir une activité productive. Je proposais mon aide spontanément, surtout pour me réveiller et éliminer un peu le surplus dans mon estomac, mais on me renvoya à ma chaise encore une fois. Cependant ne voulant pas rester les bras croisé après une telle offrande de mets je décidais de sortir prendre l’air et voir si à l’extérieur il n’y avait rien que je ne puisse faire. Je pensais à rentrer les poubelles, déblayer l’allée ou tout autre activité simple. Finalement mon choix se porta sur un tas de bûche contre l’appentis qui ne demandait qu’à être débité. Relevant mes manches, je saisis la hache appuyée contre qui n’attendait que moi et  commençais à couper du bois. Le bruit attira quelques têtes à la fenêtre et bientôt Brian sortit à son tour pour me donner un coup de main. Nous parlâmes peu, sans doute à cause de l’effort qui nous prenait tout notre souffle, mais j’eus avec lui la typique conversation entre petit ami et grand frère. Il me rappela à quel point il tenait à sa sœur et je compris sans mal que je devrais bien me conduire avec elle sous peine d’en subir les conséquences. Je le rassurais sur mes intentions et évoquais pour la première fois de vive voix l’éventualité de rester faire ma vie en Ecosse. Il s’arrêta tout net dans son ramassage de bûches – que je fendais sans m’interrompre – alors que j’eus prononcé la phrase fatidique. Je me rendis alors compte moi-même de ce que je venais de dire. Je m’arrêtais et posais la hache à mes pieds. Brian me souriait. Il m’asséna une tape sur l’épaule et continua à ramasser le bois en silence. Je continuais à débiter des bûches en silence, repensant à ce que je venais de lui dire. Il semblait que mon instinct m’avait poussé sur un chemin que j’appréhendais de prendre. Au bout d’une heure environ Je posais la hache et soufflais, Brian me sourit et me dit en riant que nous avions assez de bois pour tout l’hiver. Il m’entraîna ensuite à l’intérieur de la maison, les bras chargés de bois de chauffage, et une fois dans la cuisine – où les enfants jouaient tranquillement – il nous servit à chacun un dram et nous bûmes de concert, sans un mot. A peine échangeâmes-nous un sourire de connivence. Brian allait peut-être devenir mon beau-frère dans un avenir plus ou moins proche. Cette pensée me fit sourire et me fit peur en même temps. Du bruit nous indiqua que les femmes étaient réunies au salon. Nous allâmes les rejoindre. Je craignais que Brian n’évoque notre petite conversation. Je n’avais jamais abordé le sujet avec Abigail et je ne voulais pas que la première fois se fasse devant toute sa famille réunie. J’avais dis à Brian que j’envisageais de rester vivre ici mais au fond de moi je n’en étais pas vraiment sur. Sans doute avais-je parlé ainsi pour le rassurer, mais l’idée maintenant évoquée commençait à faire son chemin dans mon esprit et alors que nous nous assîmes et que Katherine nous remerciait pour le bois je me disais qu’il faudrait très vite en parler avec Abigail. Sans vouloir paraître trop inquiet vis à vis la situation, mon avenir en dépendait. Il fallait que je lui parle. Rapidement.

 

L’après midi s’écoula entre tasses de thé et conversations sur un peu tout les sujets possibles. Nous abordâmes entre autre la France et les relations historiques qui l’unissait à l’Ecosse – union, voila bien un mot que je ne voulais pas entendre prononcer cet après midi là – et bientôt le ciel rougeoya. Susan sorti de la maison et alla signaler aux enfants qu’il était temps pour eux de partir. Ils protestèrent vivement mais finirent par rentrer et allèrent dire au revoir à leur grand-mère et leur tante. Ils se jetèrent également tout les deux sur moi et m’embrassèrent. Les enfants venaient une fois de plus de me confirmer que je faisais parti du clan désormais. Nous raccompagnâmes la petite famille jusqu’à la voiture et je vis alors Brian échanger quelques mots avec sa sœur en me regardant du coin de l’œil. Abigail eut l’air surprise et sourit juste après. J’en étais sur, Brian avait vendu la mèche. Je ne pouvais plus nier ce que j’avais dis maintenant et encore moins ranger ces pensées dans un coin de ma tête et remettre à plus tard la conversation imminente que j’allais avoir avec elle. Mais je me dis qu’il serait bien assez tôt le moment d’en parler, aussi fis-je comme si de rien n’était et m’absorbais dans la contemplation du paysage.

 

Une fois Brian et sa famille partis, nous rentrâmes à l’intérieur. Abigail déclara qu’il était temps aussi pour nous de partir. Je ne pouvais qu’approuver mais en même temps j’appréhendais notre départ car elle me lança à plusieurs occasions des coups d’œil qui en disait long sur ce que Brian lui avait dit plus tôt. Elle voulait aborder le sujet au plus tôt. Cela se sentait. Nous prîmes donc congé de Katherine et partîmes à notre tour de Fairburn. Je pris le volant pour rentrer. Cela étonna beaucoup ma compagne et je me justifiais en lui expliquant qu’il faudrait bien que je me fasse tôt ou tard au levier de vitesse à gauche. Elle rebondit sur ma réplique aussitôt en rétorquant que je devrais de toute façon faire revalider mon permis de conduire si je comptais rester ici. J’étais au pied du mur mais je n’avais pas eu le temps de bien me préparer à cette conversation. Aussi me contentais-je de la regarder en souriant et de reporter aussitôt mon regard sur la route en détournant la conversation sur l’itinéraire à prendre pour rentrer chez nous. Elle n’insista pas plus durant tout le trajet.

 

Je savais qu’une fois rentrés je ne pourrais pas échapper à une explication. Pendant le trajet du retour j’essayais de réfléchir à ce que je pourrais lui dire. Je pesais le pour et le contre dans ma tête. J’avais certes dis à son frère que j’envisageais de rester mais ma décision n’était pas encore arrêtée. Je repensais soudain à Amandine. D’habitude quand je prévoyais de prendre une décision importante je la consultais et nous en discutions. Là je devais agir seul. C’était bien dans l’optique de mon voyage, voir si une fois isolé je pouvais mieux gérer ma vie. Je repensais à la dernière fois que nous avions parlé. Je songeais à ce que nous nous étions dis au téléphone. Elle avait quelqu’un dans sa vie, elle semblait heureuse. Pour elle, mon éloignement c’était révélé bénéfique. Pour moi aussi cela avait été bénéfique et ça continuait à l’être, peut-être même pour longtemps encore. La boule d’angoisse revint m’étreindre le ventre. Et si je restais ici, que deviendrais notre amitié ? Avant même d’avoir pris une décision je savais qu’elle me manquerait si je ne la voyais plus. Je ne savais pas comment gérer ça. Je m’enfermais dans un mutisme songeur tout le restant de la route.

 

En arrivant chez nous je dis à Abigail que je devais aller faire une course et que je ne serais pas long. Je retardais un peu l’inéluctable et je devais mettre à profit ce temps qu’il me restait. J’allais donc rapidement au magasin du coin de la rue et achetais quelques broutilles afin d’avoir de quoi justifier mon absence. Puis je m’arrêtais à la cabine téléphonique et composais le numéro d’Amandine. Je devais lui parler. Cela ne pouvait pas attendre, c’était trop important, trop de choses allaient dépendre de la conversation que j’allais avoir avec Abigail dans l’heure qui allait suivre. Par chance elle était chez elle.

 

J’étais heureux de l’entendre et c’était également son cas. Nous échangeâmes quelques banalités mais très rapidement j’en vins aux faits. Je lui racontais par le menu les événements en essayant d’être le plus clair et le plus concis possible – je n’avais pas un temps illimité devant moi – et elle m’écouta avec beaucoup d’attention. Comme toujours je passais sous silence certains aspects des événements mais je laissais planer des silences équivoques pour qu’elle comprenne ce que je taisais. J’essayais d’être le plus objectif possible en lui expliquant que je vivais quelque chose de merveilleux et que j’étais sur le point de faire un pas de géant par rapport à toutes les relations que j’avais eu par le passé. Je lui demandais conseil, à elle qui me connaissait si bien. Elle prit le temps de réfléchir à ce que je venais de lui dire et finalement m’exposa ses arguments. Pour Amandine, je devais être honnête avec Abigail et lui dire que j’envisageais de rester mais que j’avais toujours des doutes et qu’il me faudrait sûrement un peu de temps pour prendre une décision définitive. Elle m’encouragea également à prendre les devant dans l’expectative de mon installation définitive en Ecosse, en commençant par exemple, à chercher du travail et en contactant mon employeur actuel pour négocier un licenciement, mon bailleur pour raccourcir mon préavis, ma banque pour clôturer et faire transférer mes avenants à l’étranger, bref régler mes attaches administratives pour préparer la transition au mieux si cela se faisait. Comme toujours elle avait vue plus loin que moi toutes les implications que ma décision allait engendrer, quelle qu’elle soit. Néanmoins je pensais qu’il était encore trop tôt pour penser à tout cela mais je me disais également que c’était une bonne manière de savoir si j’étais sur de ce que je voulais, de savoir si je voulais rester ici et vivre avec Abigail. Je la remerciais pour ces précieux conseils et lui promis de l’appeler très prochainement pour lui dire ce qu’il était ressorti de la conversation que j’allais avoir sous peu. Je lui dis enfin qu’elle me manquait et je raccrochais après qu’elle m’ait dit – dans un soupir – que je lui manquais également.

 

Je restais un instant la main sur le combiné à réfléchir. Elle avait raison, je devais faire face et affronter tout les bouleversements que pouvait impliqués ma décision. Je ramassais alors mon sac de courses et remontait la rue pour avoir la conversation que j’avais toujours redoutée.

 

par Un type bien publié dans : Roman live
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Voir tous les articles

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

referencer site web sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus