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© Un type bien

Mercredi 19 mars 2008

Un autre voyage. Plus prés et pourtant plus loin. Je n’ai jamais aimé aller à Paris. Trop de monde, trop de bruits et un trop grand risque de me perdre. J’ai donc quitté le ciel gris qui m’est si cher salué par le soleil qui perce les nuages. Je n’aime pas partir de ma ville.

Un proverbe arabe dit que quelque soit l’endroit où l’on va, on retrouve toujours ce qu’on a laissé chez soi mais sous une forme un peu différente.

Hier matin j’ai essayé de m’en convaincre et j’espérai retrouver dans la capitale des sourires sympathiques et une certaine tranquillité. Je devais passer la plus grande partie de la journée au milieu des professionnels de l’édition au salon du livre. Ne connaissant pas plus que ça le milieu, j’appréhendais beaucoup mais je gardais espoir de retrouver une partie de ce que j’avais laissé le matin même sur le quai de la gare. Secrètement, j’avais hâte d’y être. Pourquoi ? Simplement parce que je savais que j’allais vivre une expérience que je n’avais encore jamais vécue à ce jour.

Hier, je devais voir en chair et en os mon héroïne.

Une nouvelle frontière. Je l’ai connue il y a bien longtemps mais nous nous sommes perdus de vue. Son souvenir à nourri mon imaginaire et après des années en dehors de l’existence de l’autre ce sont les mots qui nous ont réunis. Je connais sa présence, je me rappelle de sa voix. Mais que vaut un souvenir vieux de vingt ans ?

Sur le chemin qui me menait à Paris je songeais et était tenté de croire que rien n’avait changé et que nous allions faire à nouveau le chemin de l’école ensemble. J’avais la conviction que je retrouverais cette sensation. Mais je savais aussi qu’il n’y avait qu’une chose qui me donnerait tort ou raison. L’instant où dans la foule nos regards se croiseraient pour la première fois depuis vingt ans. Je savais qu’à cet instant j’aurais ma réponse.

Je suis donc arrivé gare du nord et j’ai plongé dans son ventre gonflé de monde. Je me suis laissé bercer par le tangage mécanique et séculaire du métro. J’ai vue les dessous de Paris en attendant ma destination. Comme à mon habitude j’ai chercher l’isolement dans la lecture et quarante minutes plus tard j’ai été craché par la bouche de métro sur le pavé face au parc des expositions.

Je suis donc entré à la grande messe de l’édition et je suis allé remplir mon devoir d’auteur sous contrat. J’ai surtout passé mon temps à bavarder avec mes compagnons de parade. Ceci fait j’ai pu aller me délecter dans ce lieu réservé aux gens du cru. Entre canapé de cuir et portraits d’auteurs, on m’a fournit à volonté mes drogues favorites, café et single malt sec. En parlant de drogue, je constatais alors qu’il me restait deux heures avant de retrouver mon héroïne.

Deux heures plus tard je faisais semblant de m’intéresser à des rééditions d’Ellroy en attendant l’instant fatidique. Je repose donc LA Confidential et je tourne la tête.

Elle était là, devant moi. Deux mètres seulement nous séparaient et elle était plus réelle qu’elle ne l’avait été depuis vingt ans. Nos regards se sont croisés et ce sont reconnus. Instinctivement je savais que ça se passerait bien. Je le savais, d’un simple regard et d’un sourire échangé.

Comme je l’avais décrété, j’ai vécu ces retrouvailles simplement, naturellement. Nous nous sommes retrouvés d’un coup vingt ans en arrière. A défaut de battre le pavé et le chemin de l’école, ce furent les allées du salon qui nous servirent de route. La conversation vint d’elle-même. Pas de silence, pas de gêne. Nous avons parlé comme si le temps n’avait eu aucune prise sur nous deux. Une heure après, las de tourner nous atterrissons au carré des auteurs et la conversation dérive et navigue sur toutes les mers possibles. Tout y passe, et le temps aussi. Je lui ai proposé alors de continuer cette discussion à l’air libre et c’est en traversant le XVème, le long de la rue Vaugirard, que je prends alors la mesure de la ville. Comme jamais auparavant. Paris, qui me faisait si peur au matin prenait à cette heure la couleur d’une amie. Je me surprenais à aimer cette flânerie qui me rappelait le confort des lieux que je connais et que j’arpente dans ma cité du nord. Une heure et une longue conversation sur les contes plus tard, nous fûmes avalés par une nouvelle bouche de métro, gare Montparnasse.

Sur le quai de la ligne 12 nous nous sommes dit au revoir avec la promesse de se revoir au début de l’été.

Je suis ensuite parti vers mon rendez-vous suivant la tête pleine de souvenirs et le sourire gravé par une belle après-midi de retrouvailles. A cette heure, je n’avais plus de crainte. J’ai vécu cette journée comme un cadeau et l’occasion de me réconcilier avec la capitale. Une soirée plus tard, avec mon amie parisienne d’adoption, j’ai pris la mesure de tout ce que Paris pouvait offrir.

Paris, je ne t’aimais pas mais hier j’ai gouté à une nouvelle de tes saveurs. Au tableau de chasse de cette journée je pourrais accrocher un passage de barrière, une complaisance, des retrouvailles sincères et une soirée pas bien étanche. Paris, je ne t’aimais pas. Aujourd’hui je comprends ce qui plaît tant à ceux qui te côtoient chaque jour. Car à l’heure où mon train quittait le quai je me suis surpris, pour la première fois, à avoir quelques regrets à quitter Paris.

par Un type bien publié dans : Chroniques du quotidien
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