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© Un type bien

Jeudi 13 mars 2008

Ca va faire une semaine demain que je suis en vacances et bizarrement ça fait également presque une semaine que je n’ai rien écrit. D’habitude j’écrivais mes chroniques le matin, en arrivant au boulot et je les peaufinais au fur et à mesure que la journée passait, rajoutant ça et là des corrections ou des ajouts en fonctions de mes inspirations.

Etrange donc que cette soudaine liberté de mouvement et d’action m’empêche à ce point d’écrire.

Est-ce la pression de me faire prendre la main sur le clavier qui m’inspire à ce point ? Fort probable. Je pense que c’est pareil avec tout. A partir du moment où on a plus de limite, plus rien n’a d’intérêt. Ne dit-on pas d’ailleurs que le plus excitant est toujours dans l’interdit. Je ne peux qu’être d’accord avec ça. Le danger, la restriction, la retenue. Tout ça mène inéluctablement vers une sorte de frustration et l’envie de passer outre les interdits.

Rappelons-nous quand nous étions plus jeunes. Qu’est-ce qui était le plus amusant ? Simplement de faire tout ce que nos parents nous interdisaient. Au lycée c’était la même chose, que d’excitation à l’expectative de sécher les cours, la pression de la moralité, le risque de se faire prendre et surtout le risque que nos parents soient mis au courant. Aujourd’hui c’est pareil. Au boulot je brave l’interdit. Je suis censé passer sept heures et des poussières derrière mon écran à accomplir la tâche pour laquelle on me paie. Et pourtant quelle joie, quelle jubilation que de faire la nique à l’autorité en remplissant des lignes de textes sans aucun rapport – ou si peu – avec mon emploi. Le plus amusant quand j’y pense c’est que la plupart de mes collègues et même certain membres de ma hiérarchie savent ce que je fais au boulot en plus de mon travail, mais apparemment ça ne les gênent pas plus que ça. Sachant cela, où est alors l’excitation de l’interdit ?

Peut-être me crée-je tout seul des restrictions alors que tout le monde se fout de ce que je fais à mon poste. A partir du moment où je ne fais pas de vagues ni de bruit, qu’est-ce que ça peut bien leur faire que je prenne une heure par jour pour disserter sur le monde et tout ce qui m’entoure. En y regardant de plus prés, je me rends même compte que je suis un employé modèle. Contrairement à la majorité des autres employés je ne passe pas mon temps à me balader de bureau en bureau pour tailler le bout de gras ou colporter les dernier ragots – je préfère faire ça via l’intranet.

Oui, il est clair que je me suis construit mes contraintes. Sans doute étant trop libre je ne pouvais pas m’astreindre à l’exercice de l’écrit. Il me fallait une limite, un interdit pour vouloir le dépasser et aller au-delà. Mais ne le faisons nous pas tous ? Je suis persuadé qu’à notre mesure nous prenons tous des libertés avec les contraintes qui nous sont imposées par la société où l’on vit. Chacun construit sa propre liberté en fonction des contraintes qui régissent son quotidien, mais quand il n’y a pas de contraintes nous nous en créons pour pouvoir continuer à faire semblant de les transgresser pour le grand frisson de l’interdit.

Sachant cela, ne vais-je pas sombrer dans une crise de pageblanchite ? Ou alors il me faudra de nouvelles contraintes. Je crois que ça ira mieux quand je serais dans mon nouveau secteur la semaine prochaine. Je ne connais pas encore les us et coutumes du service et je vais bien devoir trouver un moyen de m’adapter et de prendre un minimum de liberté.

On a l’insubordination dans le sang ou on ne l’a pas.

 
par Un type bien publié dans : Chroniques du quotidien
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