Je me sentais libre et heureux. Douze cents centimètres cubes entre les jambes. Quelle puissance ! Quelle sensation !
Je m’étais offert ce bijou une semaine avant et j’étais bien décidé à voir ce qu’elle avait dans le ventre. Ce dimanche là il faisait bon, il ne pleuvait pas et une douce brise me permettais de ne pas trop sentir l’étouffante chaleur sous ma combinaison de cuir épais. Assise derrière moi, Émilie était aux anges. Elle adore la vitesse et la façon dont les courbes de l’asphalte la font pencher de droite à gauche au hasard de notre ballade. Nous avions prévus un circuit complet. Route, campagne, monts et vallées, un peu d’autoroute pour la pousser un brun et finalement la mer pour se reposer et apprécier le beau temps. A mi-chemin nous faisons une courte halte pour se dégourdir le jambes et se désaltérer mais Émilie me presse de reprendre la route, elle adore cette moto et elle me dis qu’en septembre elle passera son permis pour pouvoir la piloter elle aussi. Je tique un peu. Mais avec son sourire je ne crois pas que je pourrais le lui refuser.
Je lui souris, gardant mes réflexions. Nous reprenons la route, avalant les kilomètres sous les roues de mon engin, de notre engin. Il fait beau, pas de nuage et la femme que j’aime est derrière moi, me serrant comme si elle avait peur de tomber. Encore un prétexte pour se coller à moi. Elle est vraiment merveilleuse.
Nous continuons à rouler, heureux comme des gamins avec un nouveau jouet. Les gamins. C’est un de ses sujets de conversations favoris en ce moment. Elle voit bien que ça me mets un peu mal à l’aise quand elle m’en parle, et elle en joue. A vrai dire, ça me plairait bien d’être père. C’est juste de sauter le pas qui m’effraie un peu. Nous arrivons. Je gare notre bel engin et nous faisons une ballade sur l’estacade, nous chahutons un peu et elle rit. Elle adore la mer. Moi, la dernière fois que j’ai pris la mer j’ai été malade comme un chien. Quand on a le mal de mer, au début on croit qu’on va mourir et après on regrette de pas être mort. Elle rit.
Il fait beau et les mouettes volent bas au dessus du port. Nous nous arrêtons sur la plage à quelques mètres de l’immensité de l’eau. Je regarde Émilie, humant les embruns, les yeux fermés et souriante. C’est le bon moment je crois. Je lui touche l’épaule et la tire de sa rêverie marine, elle me regarde et sourit. Qu’est-ce que je peux aimer ce sourire.
- Veux-tu m’épouser ?
Ça y est ! Maintenant j’ai la trouille. Elle ne dis rien. Et soudain elle se jette dans mes bras, pleurant à chaude larmes et prononçant un oui plein d’émotions et de promesses qui restera à jamais dans ma mémoire. Pour célébrer cela nous allons dans un petit restaurant de fruits de mer, elle adore les fruits de mer. L’après-midi touche à sa fin et nous décidons de rentrer chez nous. Profitant du beau temps et du bonheur qui est nôtre, nous rentrons par les petites routes de campagnes, sans nous presser. Des milliers de coquelicots et de fleurs sauvages bordent la route.
Je m’apprête à négocier le prochain virage et mon nez me pique. J’éternue. Je rouvre les yeux. Une voiture. Et plus rien…
Après mon réveil à l'hôpital alors que je venais d'apprendre le décès d'Émilie, une infirmière vint me voir et me demanda si elle pouvait faire quelque chose, je lui ai simplement demandé de me trouver un remède à mon allergie au pollen.








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