Je le savais, un incapable. Un sous-fifre par foutu de prendre une décision.
J’aurais aimé pouvoir dire que cette première nuit avec elle fut la meilleure de ma vie. Même qu’elle ne s’était pas trop mal passée. En vérité ça a été une catastrophe, pour ne pas dire un fiasco monumental. Du moins au début.
Reprenons. Elle m’a attiré dans la chambre, sa chambre. Car à l’époque je dormais toujours sur le convertible du salon. Une fois à l’intérieur, Abigail entreprit de me mettre à l’aise. Or, tendu et nerveux comme je l’étais à l’expectative d’être jugé sur ma performance je ne fus bon à rien. Elle ne baissa pas les bras pour autant. Pendant plus de deux heures elle s’évertua à me mettre dans l’ambiance. J’y mettais de la bonne volonté mais rien n’y fit et nous finîmes la nuit épuisés, nus, dans un lit qui ressemblait plus à un champ de bataille qu’à autre chose. Allongés là tout les deux nous discutèrent, tout simplement. Elle m’évita le poncif de me dire que cela arrivait à tout le monde, que ce n’était pas grave. Nous savions tout les deux que c’était la pression qui était responsable de ma piètre performance. Certainement pas le manque de motivation ou même d’envie, car je dois bien avouer que Abigail était une femme qui savait exprimer sa sensualité.
Ainsi nous restâmes dans les bras l’un de l’autre à parler. Comme nous le faisions toujours. Mais durant cette nuit là notre conversation prit une saveur nouvelle. Je n’avais jamais partagé autant de sincérité avec aucune de mes maîtresses passées. C’était une grande première pour moi et malgré l’échec de la première tentative, je commençais à comprendre que cette sincérité était l’ingrédient manquant à toutes mes relations passées. Devant cette découverte qui m’obnubilait dès lors, j’oubliais la pression et le stress. Tout naturellement, après quelques baisers échangés, nous fîmes l’amour pour la seconde fois. Maladroitement, hésitants, cherchant l’autre, et le découvrant. Dans ses yeux je pouvais y lire sa promesse de ne rien dire, de ne pas porter de jugement.
Plus tard, le soleil était en train de percer difficilement derrière les opaques nuages gris de cette matinée de septembre. Abigail était endormie à mes cotés. Je la regardais et je pensais à Amandine.
Dans ma dernière lettre je lui avais exposé l’idée d’Abigail. Idée qui risquait de nous faire franchir une délicate étape. Cela faisait presque une semaine. Je consultai l’heure et estimais que chez nous, Elle devait être levée. Je me levais et sorti aussitôt de la chambre. Presque sans y penser je vins m’asseoir à coté du téléphone et décrochait le combiné. En proie à l’incertitude la plus totale, je composais son numéro. Il me fallait son avis. Seul je ne pouvais pas prendre assez de recul là-dessus. Aujourd’hui c’était une étape importante. Je venais de faire l’amour avec une fille à qui je plaisais vraiment et qui m’appréciais au point de vouloir passer, après cette nuit, une journée dans son endroit préféré du pays avec moi.
Pour la seule et unique raison que c’était elle et personne d’autre qui eut décroché le téléphone ce matin là, je n’eu pas besoin de dire un seul mot. A peine avait-elle reconnu mon bonjour matinal qu’elle savait. Un souffle plus tard elle me dit qu’elle était heureuse pour moi. Sans ambages, elle enchaîna sur mon séjour et orienta la conversation d’un point de vue purement touristique et culinaire. Comprenant que je ne devais pas dire autre chose de la nuit précédente que mon bonjour, je lui demandais à mon tour des nouvelles du pays. Je décelais une gêne depuis le début, mais elle n’était pas uniquement de mon fait. Je prononçai alors son nom. Après un silence, je lui demandai ce qui la contrariait. Dans un murmure elle me dit qu’elle voyait quelqu’un depuis quelques semaines. J’étais heureux de l’entendre et je lui dis. Ensuite je lui promis de l’appeler très vite et je raccrochai. Je n’avais pas eu de réponse, juste l’affreuse sensation de l’avoir et d’avoir été trahi.
Avant mon départ je me demandais si une fois éloigné d’elle ma vie irait mieux. A contrecœur je du reconnaître que c’était le cas, avant de l’avoir appelé. Le peu de félicité qui me restait de la nuit s’évanouit et je m’absorbai dés lors dans la préparation du petit déjeuner pour ne pas penser à ce que je devrais dire à Abigail ce jour là. Je devais lui dire que j’étais nostalgique de chez moi. Que malgré tout ce qu’il se passait entre elle et moi il y avait quelqu’un chez moi qui occupais toute mes pensées. Quelqu’un qui n’avais pas osé me dire qu’elle voyait quelqu’un. Amandine avait-elle peur de ma réaction ou considérait-elle que cette histoire ne me regardait pas ? Je ne parvenais pas à trouver de réponse. Je n’arrivais même pas à savoir si j’étais plus perturbé par le fait qu’elle ait quelqu’un ou par le fait qu’elle ne m’avait rien dit. Abigail se leva et je mis mon plus beau masque pour ne pas lui laisser deviner ce qui me taraudait l’esprit. Après la nuit que nous avions passés et le regard qu’elle me lança ce matin là, je ne pouvais pas lui faire l’affront d’être ou de paraître morose. Je lui tendis une tasse de thé et elle la prit en me gratifiant de son plus beau sourire.
Nous prîmes le petit déjeuner en silence. Je faisais semblant d’être absorbé par la carte de la région ouest qu’Abigail aller me faire découvrir ce jour-là. Nous échangeâmes à peine quelques mots lorsqu’il fut l’heure de partir et que nous vérifions que nous n’avions rien oublié pour notre excursion du jour.
Il était à peine neuf heures quand nous prîmes le départ de notre excursion. Pour aller sur la côte ouest depuis Inverness il n’y a qu’une seule route. Elle traverse les Highlands d’est en ouest et débouche à quelques miles d’Ullapool, face à l’île de Lewis. La nuit avait été courte pour nous deux et je lui fut reconnaissant de ne pas chercher à entretenir la conversation plus que de mesure. Elle me montra ça et là des endroits qu’elle connaissait ou qu’elle aimait. J’acquiesçais sans faire de grands commentaires. Deux heures plus tard, nous arrivèrent à un embranchement. Tout droit c’était Ullapool, à gauche les comtés reculés de la côte ouest. Là nous changeâmes de direction pour aller vers le sud et je découvris ce qu’Abigail avait appelé en riant le « wild west ».








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