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© Un type bien

Mercredi 12 décembre 2007

Je le savais, un incapable. Un sous-fifre par foutu de prendre une décision.

 
 

J’aurais aimé pouvoir dire que cette première nuit avec elle fut la meilleure de ma vie. Même qu’elle ne s’était pas trop mal passée. En vérité ça a été une catastrophe, pour ne pas dire un fiasco monumental. Du moins au début.

Reprenons. Elle m’a attiré dans la chambre, sa chambre. Car à l’époque je dormais toujours sur le convertible du salon. Une fois à l’intérieur, Abigail entreprit de me mettre à l’aise. Or, tendu et nerveux comme je l’étais à l’expectative d’être jugé sur ma performance je ne fus bon à rien. Elle ne baissa pas les bras pour autant. Pendant plus de deux heures elle s’évertua à me mettre dans l’ambiance. J’y mettais de la bonne volonté mais rien n’y fit et nous finîmes la nuit épuisés, nus, dans un lit qui ressemblait plus à un champ de bataille qu’à autre chose. Allongés là tout les deux nous discutèrent, tout simplement. Elle m’évita le poncif de me dire que cela arrivait à tout le monde, que ce n’était pas grave. Nous savions tout les deux que c’était la pression qui était responsable de ma piètre performance. Certainement pas le manque de motivation ou même d’envie, car je dois bien avouer que Abigail était une femme qui savait exprimer sa sensualité.

 

Ainsi nous restâmes dans les bras l’un de l’autre à parler. Comme nous le faisions toujours. Mais durant cette nuit là notre conversation prit une saveur nouvelle. Je n’avais jamais partagé autant de sincérité avec aucune de mes maîtresses passées. C’était une grande première pour moi et malgré l’échec de la première tentative, je commençais à comprendre que cette sincérité était l’ingrédient manquant à toutes mes relations passées. Devant cette découverte qui m’obnubilait dès lors, j’oubliais la pression et le stress. Tout naturellement, après quelques baisers échangés, nous fîmes l’amour pour la seconde fois. Maladroitement, hésitants, cherchant l’autre, et le découvrant. Dans ses yeux je pouvais y lire sa promesse de ne rien dire, de ne pas porter de jugement.

   

Plus tard, le soleil était en train de percer difficilement derrière les opaques nuages gris de cette matinée de septembre. Abigail était endormie à mes cotés. Je la regardais et je pensais à Amandine.

  

Dans ma dernière lettre je lui avais exposé l’idée d’Abigail. Idée qui risquait de nous faire franchir une délicate étape. Cela faisait presque une semaine. Je consultai l’heure et estimais que chez nous, Elle devait être levée. Je me levais et sorti aussitôt de la chambre. Presque sans y penser je vins m’asseoir à coté du téléphone et décrochait le combiné. En proie à l’incertitude la plus totale, je composais son numéro. Il me fallait son avis. Seul je ne pouvais pas prendre assez de recul là-dessus. Aujourd’hui c’était une étape importante. Je venais de faire l’amour avec une fille à qui je plaisais vraiment et qui m’appréciais au point de vouloir passer, après cette nuit, une journée dans son endroit préféré du pays avec moi.

 

Pour la seule et unique raison que c’était elle et personne d’autre qui eut décroché le téléphone ce matin là, je n’eu pas besoin de dire un seul mot. A peine avait-elle reconnu mon bonjour matinal qu’elle savait. Un souffle plus tard elle me dit qu’elle était heureuse pour moi. Sans ambages, elle enchaîna sur mon séjour et orienta la conversation d’un point de vue purement touristique et culinaire. Comprenant que je ne devais pas dire autre chose de la nuit précédente que mon bonjour, je lui demandais à mon tour des nouvelles du pays. Je décelais une gêne depuis le début, mais elle n’était pas uniquement de mon fait. Je prononçai alors son nom. Après un silence, je lui demandai ce qui la contrariait. Dans un murmure elle me dit qu’elle voyait quelqu’un depuis quelques semaines. J’étais heureux de l’entendre et je lui dis. Ensuite je lui promis de l’appeler très vite et je raccrochai. Je n’avais pas eu de réponse, juste l’affreuse sensation de l’avoir et d’avoir été trahi.

 

Avant mon départ je me demandais si une fois éloigné d’elle ma vie irait mieux. A contrecœur je du reconnaître que c’était le cas, avant de l’avoir appelé. Le peu de félicité qui me restait de la nuit s’évanouit et je m’absorbai dés lors dans la préparation du petit déjeuner pour ne pas penser à ce que je devrais dire à Abigail ce jour là. Je devais lui dire que j’étais nostalgique de chez moi. Que malgré tout ce qu’il se passait entre elle et moi il y avait quelqu’un chez moi qui occupais toute mes pensées. Quelqu’un qui n’avais pas osé me dire qu’elle voyait quelqu’un. Amandine avait-elle peur de ma réaction ou considérait-elle que cette histoire ne me regardait pas ? Je ne parvenais pas à trouver de réponse. Je n’arrivais même pas à savoir si j’étais plus perturbé par le fait qu’elle ait quelqu’un ou par le fait qu’elle ne m’avait rien dit. Abigail se leva et je mis mon plus beau masque pour ne pas lui laisser deviner ce qui me taraudait l’esprit. Après la nuit que nous avions passés et le regard qu’elle me lança ce matin là, je ne pouvais pas lui faire l’affront d’être ou de paraître morose. Je lui tendis une tasse de thé et elle la prit en me gratifiant de son plus beau sourire.

 

Nous prîmes le petit déjeuner en silence. Je faisais semblant d’être absorbé par la carte de la région ouest qu’Abigail aller me faire découvrir ce jour-là. Nous échangeâmes à peine quelques mots lorsqu’il fut l’heure de partir et que nous vérifions que nous n’avions rien oublié pour notre excursion du jour.

 

Il était à peine neuf heures quand nous prîmes le départ de notre excursion. Pour aller sur la côte ouest depuis Inverness il n’y a qu’une seule route. Elle traverse les Highlands d’est en ouest et débouche à quelques miles d’Ullapool, face à l’île de Lewis. La nuit avait été courte pour nous deux et je lui fut reconnaissant de ne pas chercher à entretenir la conversation plus que de mesure. Elle me montra ça et là des endroits qu’elle connaissait ou qu’elle aimait. J’acquiesçais sans faire de grands commentaires. Deux heures plus tard, nous arrivèrent à un embranchement. Tout droit c’était Ullapool, à gauche les comtés reculés de la côte ouest. Là nous changeâmes de direction pour aller vers le sud et je découvris ce qu’Abigail avait appelé en riant le « wild west ».



par Un type bien publié dans : Roman live
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Dimanche 29 juillet 2007

Eileen, la tante d'Abigail était la tenancière du pub depuis l'âge de dix neuf ans. Elle avait toujours travaillé là et connaissait le moindre client qui venait. Mais les années passants, elle ne pouvait plus rester debout derrière le comptoir du matin au soir, aussi Abigail servait-elle à partir de dix huit heures jusqu'à la fermeture, trois soirs par semaine. Cela nous laissait du temps pour nous balader et me permettre de découvrir mon pays d'adoption.


Durant la première semaine où j'étais à Inverness, nous avons surtout aménagé l'appartement, notre appartement, en récupérant ça et là des meubles et tout ce qui fais le quotidien d'une vie à deux. Nous passions beaucoup de temps dans les différents charity shop de la ville. A chaque fois nous ressortions de là avec une nouvelle cargaison de verres, tasses, livres, ustensiles divers, accessoires de décorations et autre babioles parfois à la limite du bon goût. Nous apprîmes également l'un et l'autre à connaître le quartier et ses petits secrets. Du fait de sa parenté avec Eileen, Abigail fût accueillie partout avec la plus grande sympathie et le fait que je sois avec elle la plupart du temps aida grandement à me faire connaître de la population locale. Inverness est la capitale des Highlands, mais ici tout le monde se connait et un étranger qui vit au dessus de l'un des plus vieux pub de la ville ne passe pas inaperçu.


Bientôt, tout le monde dans le quartier connaissait mon nom et j'appris moi aussi à connaître tout ces gens que je croisais au quotidien. Le premier dont je fis réellement la connaissance fût Robin, le postier. Quelques jours à peine après notre installation, j'écrivis à Amandine comme je le lui avait promis. La rumeur de ma présence avait déjà atteint le bureau de poste et quand mon accent continental me trahit au moment d'envoyer ma lettre, Robin engagea la conversation. Le bureau de poste étant désert, nous restâmes donc à bavarder une bonne demie-heure et je découvris alors que Robin n'était pas juste postier mais qu'il était aussi magicien, car ce n'est pas moins de dix tours de passe-passe avec des pièce de monnaie qu'il me fit avant que je m'en aille retrouver Abigail. Robin et ses tours de magie devinrent vite l'une de mes petites habitudes de mon séjour. Chaque lundi j'allais le voir et lui déposer la lettre hebdomadaire que j'écrivais à Amandine et chaque vendredi je venais récupérer mon courrier. J'aurais pu faire suivre directement jusqu'à l'appartement les lettres de mon amie mais c'était un tel plaisir de bavarder avec lui que je n'en fit rien.


Trois semaines après mon arrivée, une certaine routine s'était installé entre moi et Abigail. Nos matinées étaient le plus souvent consacrées à de longue conversation autour d'une tasse de thé qui se transformait vite en dix tasses. Je ne sais pas si c'est le fait de parler dans une langue autre que la mienne mais mes pensées étaient bien plus claires et mes mots plus réfléchis.


Abigail m'écoutait toujours avec beaucoup d'attention et en retour j'essayais d'être le plus attentif possible et je tentais même de lui donner mon avis sur ces interrogations à propos de la vie. Bien souvent, nous déjeunions à l'extérieur, dans un pub, dans un parc, n'importe où en fait. Nous essayions tout les endroits possibles où l'on pouvait manger, même à l'extérieur de la ville. Bien vite j'eus mes préférences. Mon endroit préféré ne payait vraiment pas de mine. Il se situait dans la petite ville de Muir of Ord, à quelques kilomètres d'Inverness. Là dans la rue principale, à coté du charity shop que nous fréquentions régulièrement, se trouvait un petit restaurant tenu par deux soeur. Dans cet endroit où la quantité et la qualité était à égale mesure, je pouvais tout à loisir me délecter d'un scottish breakfast - qui d'après la pancarte était le meilleur remède contre la gueule de bois - à n'importe quelle heure de la journée où avaler sur le pouce un bacon butt avec un bol de la soupe du jour. Cette routine qui s'installait entre nous donna lieu à de nombreuses conversations au sujet des couples et de la vie commune.


Ma présence ne passant pas inaperçue au sein de la petite communauté du quartier, Aussi je fus inviter partout et chez tout le monde. A chaque fois j'emmenais Abigail avec moi. Où alors c'est moi qui l'accompagnait. On nous voyait tout le temps ensemble. Nous étions un couple improbable.


Un soir, alors que nous étions en train de discuter, assis le long de la berge de la Ness à prendre l'air, après une soirée bien arrosée, Abigail me fit une proposition. Elle avait bien compris que je n'arrivai pas à savoir ce qui faisait fuir les femmes loin de moi, aussi me proposa-t-elle de devenir – selon son propre terme – mon pilote d'essai. Bien évidement je ne compris pas tout de suite où elle voulait en venir. Son idée était simple. Pendant toute la durée restante de mon séjour, elle agirait avec moi comme si nous étions un couple et m'invita à faire de même. Dans son idée, le fait de m'observer au quotidien en jouant le rôle de ma moitié lui permettrait sans doute d'isoler ce qui clochait chez moi - selon mes propres termes. Je n'étais plus à une idée farfelue prés, aussi après avoir longuement discuté de la manière de procédé, j'acceptais sa proposition. Mais en y mettant une condition. Si l'un de nous deux se sentait ne serais-ce qu'un seul instant mal à l'aise avec cette situation, nous arrêterions tout.


Nous rentrâmes alors chez nous et sur le seuil de la porte, alors que je tournais la clé dans la serrure, Abigail posa sa main sur mon épaule. Je me retournais et sans prévenir elle m'embrassa. Pendant quelque seconde j'acceptai ce baiser, puis pris d'un léger malaise je m'écartais et la dévisageait. La seule chose qu'elle me dit fut qu'il fallait bien commencer à un moment ou à un autre. Je me souviens avoir sourit et n'avoir rien répondu.


Il n'y avait rien à répondre à cela.


Cette expérience que nous allions tenter c'est révélé au final des plus intéressante. Je me dois aujourd'hui, ne serais-ce que pour éclaircir certains points, de faire le récit exact de la première journée de notre « couple ». Je vais revenir sur ce premier baiser, car celui-ci aussitôt terminé Abigail se lança dans une analyse de ma technique du french kiss. Je fus tout d'abord décontenancé par ses propos. Elle apprécia la vigueur et la tendresse de mon baiser mais me reprocha de ne pas assez parler avec mes mains lors de cette étreinte. La critique était rude, surtout après un premier baiser de quelques secondes. Mais je pris sur moi de noter ses commentaires.


A peine le seuil de l'appartement franchit, une peur me tarauda. Il était inéluctable qu'à un moment où un autre nous allions coucher ensemble. J'appréhendais fortement cet instant là. Lors de l'exposé de son plan, Abigail m'avait bien précisé que nous irions aussi loin que possible dans cette expérience. Je me sentais soudain comme le dernier tireur d'une série de tir au but en finale de coupe du monde. Je n'avais jamais senti une telle pression. Elle déposa son sac à même le sol et m'entraîna dans la chambre.


par Un type bien publié dans : Roman live
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