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© Un type bien

Jeudi 17 janvier 2008

Garder son sang froid. Ne sont-ils pas capables de se dire deux mots avant de reprendre un appel ? On reprend depuis le début. J’espère ne pas avoir affaire à un autre abruti cette fois.

 

 

 

 

 

Le « Wild West » écossais n’avait rien à voir avec son homonyme américain. Ici pas de désert ni de cactus. Certes c’était aussi désert que je pouvais l’imaginer, mais c’était aussi sauvage. Comme si l’homme n’avait jamais posé le pied ici. Et vert. J’avais sans cesse en tête cette idée qu’au détour d’un lacet de la route j’allais voir surgir un dinosaure ou je ne savais quelle autre espèce disparue. Ici le temps semblait s’être arrêté et le lieu même semblait avoir empêché les hommes de venir conquérir cet espace. Je me trompais car je pouvais apercevoir de temps à autres au loin des cottages isolés et parfois une barque arrimée à la rive d’un loch. Le bitume impeccable de la route – Merci lord Mac Adam – que nous arpentions depuis des heures me le confirmait également.

 

 

 

Nous passâmes par plusieurs endroits plus beaux les uns que les autres tout au long de notre périple. Je repoussais, à chacun d’eux, un peu plus loin l’idée de me confier à Abigail au sujet de mes doutes. Les lieux ne s’y prêtaient guère. Je décidais que cette journée ne devait pas être entachée par mon conflit intérieur. Aussi pris-je sur moi et j’accueillais avec délectation tout ce qu’Abigail me montrait.

 

 

 

Elle conduisait. Je ne m’étais pas encore habitué au fait d’avoir le levier de vitesse à ma gauche. Nous bavardions tout en regardant défiler autour de nous les étendus sauvages. Après un virage je vis sur son visage un sourire radieux se dessiner. Je suivis son regard et vis devant moi toute la majesté de l’océan atlantique. Elle arrêta la voiture au sommet d’une côte et en sorti précipitamment. Je la suivis et me retrouvais face à un phénomène extraordinaire pour moi. A mois d’un mile en contrebas se trouvait l’océan et je ne l’entendais pas. Croyant d’abord à une défaillance de mes oreilles je l’interrogeais du regard. Elle rit et me montra sur notre gauche un pic rocheux qui nous séparait de l’atlantique. En Ecosse il existe une constante, le vent. Il est partout et il ne se passe pas un instant sans qu’une rafale nous ébouriffe les cheveux. Et pourtant à cet endroit je ne pouvais le sentir ni même l’entendre. Abigail m’expliqua que ce pic que je voyais et qui surplombait l’océan déviait le vent – et par conséquent les sons – bien au dessus de nos têtes et que de ce fait, à cet endroit précis, on ne pouvait entendre les flots impétueux de l’atlantique nord malgré leur puissante présence si prés de nous.

 

 

 

J’observais alors le paysage. Sur ma gauche, à l’ouest, l’océan et toute son immensité. Devant moi l’estuaire d’un loch. Et tout autour de moi les montagnes et les collines. Malgré cette grandeur, je pouvais toutes les voir dans leur intégralité. La taille de ces montagnes n’était rien en comparaison de l’étendue des terres qui nous entouraient en cet instant. Et ce silence, ce calme. J’eu l’impression de me trouver dans une cathédrale à ciel ouvert aux proportions titanesques. J’étais dans l’œil d’un cyclone. Le monde autour de nous était pris dans sa course folle mais nous étions tout les deux dans un havre de quiétude et d’immensité. Je voyais dans le regard d’Abigail l’écho de ce que je ressentais alors. Elle avait bien choisit l’endroit. Malgré le tumulte du monde et son mouvement perpétuel tout semblaient être en suspens, en attente, serein. Je me souviens l’avoir remercié. Je me souviens aussi l’avoir embrassé. Je restais un long moment perdu dans la contemplation du paysage. Abigail en profita pour aller jusqu’à la voiture et sortir un thermos de thé. Elle revint vers moi avec une tasse fumante de liquide ambré. Nous nous installèrent un moment dans l’herbe pour boire et profiter de la vue qui s’offrait à nous. A un moment elle pris ma main dans la sienne, sans me regarder. J’éprouvais alors une sensation étrange. Je repensais à notre marché et j’étais en train de me demander si sa proposition n’était pas un prétexte pour que nous franchissions un cap. Pour l’instant j’étais encore dans la quiétude et le flou de l’incertitude. Je savais que cette journée me révélerait ses intentions véritables. Je songeais soudain à mon coup de fil à Amandine le matin même. Elle m’avait avoué avoir quelqu’un dans sa vie. Elle m’avait semblé être heureuse. Du moins autant que sa voix pouvait le laisser paraître. Moi-même j’avais quelqu’un à mes cotés. J’avais des doutes sur ses intentions mais je me souvins alors que lors de notre première rencontre Abigail et moi nous avions avoué notre attirance mutuelle. Je me disais que je devais saisir cette chance. Ma décision était prise. Quelque soit l’issue de cette journée, j’allais la vivre pleinement. Je ne me poserais pas de question. C’était le but de l’expérience après tout. Ne pas se poser de question et voir ce qui pouvait clocher chez moi. Nous reprîmes la route peu après et aux alentours de treize heures, après avoir longé la cote sinueuse, nous arrivâmes à Gairloch.

 

 

 

L’entré du village se situait en haut d’une cote et en franchissant le col on pouvait avoir une vue plongeante sur le petit village de pécheur perdu au milieu de nulle part. Les maisons étaient accrochées à flanc de colline et le petit port abritait quelques esquifs. Il y avait peu de monde dans les rues, à peine quelques passants. Abigail arrêta la voiture en face du seul pub du village, le fishbox. A peine avions nous mis le nez dehors que le vent se leva. En provenance des terres. Entrant en conflit avec les courants chauds du Gulf Stream qui longeait la cote j’eu l’impression qu’une nappe de brume s’abattait soudain. Abigail jura rapidement contre ce qu’elle appela le drizzle. Elle m’expliqua que ce n’était pas de la brume mais une pluie fine et stagnante qui malgré son innocente apparence pouvait nous tremper jusqu’aux os en moins de cinq minutes. Elle jura à nouveau et m’entraîna à l’intérieur du pub. D’après elle, le drizzle pouvait durer dix minutes comme deux jours. C’était imprévisible. Abigail grommela et ne retrouva son sourire que lorsque nous eûmes devant nous un dram – terme gaélique pour un verre de whisky – d’un excellent islay en provenance de l’île de Skye. Nous en profitâmes pour déjeuner sur place. Nous avions pourtant prévus de quoi faire un pique-nique sur la plage mais le temps ne s’y prêtait guère.

 

 

 

Il se passa plus de deux heures avant que le ciel ne se dégage à nouveau. Pendant ce temps nous avions profités du doux confort des banquettes du pub. Installés à la fenêtre nous avons pu nous délecter, malgré le temps, de la vue qui s’offrait à nous. Même par ce temps la baie gardait tout son charme et l’océan toute sa majestueuse beauté. Profitant de l’accalmie, nous sortîmes et prirent le chemin de la plage. Abigail s’accrochait à mon bras, le vent nous ébouriffait les cheveux et rendais toute conversation difficile. Elle m’entraîna le long des quais et pris la direction du petit hôtel à la bordure du village. Je l’interrogeai sur notre destination mais elle se contenta de me sourire en réponse. Nous passâmes devant l’hôtel, puis devant une église et enfin elle me fit descendre vers le cimetière du village. Celui-ci, dans le plus pur style anglo-saxon, surplombait une plage déserte et l’océan. Je laissais échapper une exclamation tant l’endroit était beau. Jamais auparavant je n’avais vu d’endroit aussi magnifique. J’entraînai Abigail vers la plage et nous marchèrent un moment sur le sable en longeant le rivage. Evitant les ressacs nous commencions à nous prendre au jeu et bientôt c’est une course contre les vagues que nous firent, cherchant à chaque fois à nous rapprocher un peu plus de l’eau. Comme des enfants nous jouions à éviter les vagues. Et arriva ce qui devait arriver, je fis une chute en tentant une esquive et me retrouvai avec tout le coté droit baignant dans l’écume. Abigail parti alors d’un fou rire qui la fit tomber assise dans le sable tant elle riait. De mon coté je me relevai difficilement. Je la rejoignis et me laissai tomber à ses cotés, trempé et passablement frigorifié. J’avais un goût de sel au fond de la bouche. Je me surpris à penser que je venais de goûter à l’océan atlantique et que j’étais curieux de savoir si les autres mers avaient un goût différent. Je fis part de mon impression à Abigail qui se tenait encore les cotes, secouée de spasmes. Enlevant sa veste pour me couvrir elle me dit que c’était là une idée bien poétique, et elle ajouta typiquement française que de voir du culinaire en toute chose. Je m’abstins de lui dire que c’est à Amandine que je pensais en disant cela, que c’était le genre de questions qui nous aurait fait envisager un tour du monde pour goûter les sept mers. Elle se blottit alors dans mes bras, pour me réchauffer soit disant, et nous restâmes assis sur la plage jusqu’à ce que le soleil commença sa descente vers l’horizon. Nous parlâmes un peu de notre expérience. C’est elle qui lança le sujet. J’appris donc que à mon corps défendant j’étais quelqu’un de très gentil et d’attentionné. Par contre elle me dit que je devais absolument faire quelque chose contre ce mutisme qui me paralysait si souvent. D’après elle je ne pourrais jamais être vraiment bien avec quelqu’un si je ne lui parle pas ouvertement. Si je ne lui faisais pas confiance. Dans son regard je senti la requête sous jacente. C’était à elle que je devais accorder ma confiance. Je me souviens lui avoir souri et avoir dit après un instant, dans un soupir et en français, que je lui faisais confiance.

 

 

 

Nous décidâmes de partir de Gairloch. Je dois bien avouer, aujourd’hui, un peu à contre cœur. Reprenant la route, nous continuâmes à nous enfoncer dans la lande déserte de la région. Nous nous dirigions vers le sud afin de revenir à Inverness en passant – comme le voulait Abigail – par Lochmaree pour y faire une halte à la tombée du jour. Abigail m’expliqua que ce loch avait pour particularité d’être orienté d’est en ouest et que son extrémité orientale était en haut d’un col. Au crépuscule, le loch s’enflammait de milles feux en raison des reflets du soleil qui irisaient la surface de ces eaux. Elle ajouta aussi que c’était un endroit quasiment désert et vide de toute âme si on ne comptait pas la seule et unique ferme qui bordait ce loch de presque vingt miles de long. Je me souviens que dans son regard à cet instant là brillait une lueur que j’aurais pu qualifier de « folie douce ». Je ne savais pas ce qu’elle avait derrière la tête mais cela était loin de me déplaire.

par Un type bien publié dans : Roman live
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Jeudi 20 décembre 2007

Juste histoire d'enrichir un peu le récit. Voila quelques images pour illustrer le prochain chapitre. Comme ça vous verrez ce à quoi je fais réference tandis que vous me lirez

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Sur la route d'Ullapool


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Le Wild West


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La baie de Gairloch


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Lochmaree


par Un type bien publié dans : Roman live
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