Cela fait plusieurs jours – voir semaines – que je n’ai plus eu l’occasion de me retrouver seul dans la fosse à l’heure du déjeuner. Aujourd’hui, miracle, je suis seul ou presque et je peux à nouveau exercer mon droit de voler du temps à mon entreprise pour pratiquer mon activité favorite. Je me dois de revenir séance tenante sur certains événements récents. Après le décollage des semaines passées j’ai connu le week-end dernier ce qu’on appele un décrochage. Le premier étage de ma fusée a été largué et j’ai subi un relent d’attraction terrestre. Il m’a fallut déployer toute mon ingéniosité pour continuer ma course vers les étoiles. Bref.
En bon fils, je me devais d’être présent dimanche dernier chez mes parents. Bien que je ne cautionne pas du tout ce genre de festivité commerciale – je n’ai pas besoin d’un jour précis pour dire à ma mère que je l’aime – j’y suis allé car la promesse d’un bon repas a fait pencher la balance. J’ai donc passé la journée en famille et le soir venu j’ai fait un bilan de ma journée. J’ai effleuré du doigt bien des vices ce dimanche. Que ce soit du point de vue catholique, bouddhiste ou musulman j’ai – je crois – enfreint pratiquement tout les interdits et commis un bon nombre de péchés. J’ai bu plus que de raison, j’ai englouti plus de carbonnade qu’il n’en faut pour nourrir deux hommes, j’ai fainéanté allégrement, j’ai menti – très pieusement, plus par omission qu’autre chose – je me suis laissé allé à une certaine colère, j’ai été envieux de mes semblables, j’ai flatté mon ego en prenant les gens de haut – à leur dépend bien entendu – j’en passe…
Qu’est-ce qui a bien pu motiver un tel comportement ? L’envie de transgresser l’interdit ou simplement un laisser-aller général sur la journée ?
En tout cas, une chose est sure, même si j’ai franchi la ligne à certains moments, jamais je n’ai laissé libre court à mes pulsions. Et pourtant j’avais de bonnes raisons de le faire. Je ne sais pourquoi mais depuis quelques temps un sentiment de frustration vient me hanter à des heures indues. Une sorte de besoin primal d’aller au-delà de tout et de ne faire que ce qui est bon pour moi sans jamais mesurer mes pensées ni mes envies. Je peux avouer avoir eu des idées bien sombres et viles ces derniers temps mais jamais je n’ai pu franchir le cap de les concrétiser. Je me demande ce qui a bien pu retenir mon bras de frapper ce tocard aviné qui m’a interpellé dans la rue de manière plus que grossière. Tout comme je ne sais ce qui m’empêche de céder à la facilité lubrique. Je ne sais pas si j’ai une conscience, ou si ma morale et mon éducation sont responsables de ma retenue. Etrangement, je ne me sens pas frustré de ne pas avoir agit, je me sens plutôt fier au contraire d’avoir su garder la tête froide et d’avoir agit avec discernement et non avec mon instinct qui me poussait à refaire le portrait d’un gars, d’un coté, ou à user de ficelles bien rodées pour ne pas passer la nuit seul, de l’autre.
Je dis toujours dans les entretiens d’embauche – ou autre – que ma principale qualité est de ne jamais perdre mon sang froid. Je crois qu’à force de le dire c’est devenu une sorte de mantra qui sert de climatiseur pour refroidir mes instincts les plus bas. Se détacher des envies et des besoins et l’un des grands principes des philosophies orientales. On devient un être complet et parfait – si tant est qu’on peut l’être – en acceptant nos imperfections et nos plus viles pulsions mais sans jamais y céder, ou si pieusement comme en se gavant jusqu’à la garde de carbonnade flamande.
Oui, j’avoue avoir abusé de certaines choses ce week-end, mais en contrepartie n’ai-je pas juste céder à la simple et honnête – si on veut – tentation de me faire simplement plaisir ? Personne n’est parfait, moi le premier.
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