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© Un type bien

Lundi 4 février 2008

Comme pour le chapitre neuf, voila de quoi illustrer un peu le dernier chapitre mis en ligne.

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Lochmaree

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Lochcarron

par Un type bien publié dans : Roman live
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Lundi 4 février 2008

Tu n’as qu’à me donner le numéro de quelqu’un qui a l’autorité et tu arrêteras de me faire perdre mon temps. Mais combien de temps ça va encore durer ?



Nous avions parcourus la moitié de la longueur de Lochmaree. J’avais aperçu la ferme dont avait parlé Abigail quelques miles avant et depuis, plus rien. Le soleil poursuivait sa course vers l’ouest et nous roulions contre le temps pour arriver je ne sais où avant la nuit. Abigail observait sans cesse la berge et soudain elle s’exclama et arrêta la voiture. Elle me dit de la suivre. Je m’exécutais silencieusement et la suivais vers la berge au travers des fourrés. Elle avait l’air de trouver la situation follement amusante. Moi je me contentais d’admirer la majesté des lieux et je me demandais si après mon séjour je ne reverrais jamais ces splendeurs.


Elle prit de l’avance et j’entendis alors un bruit d’éclaboussure. Croyant à une chute d’Abigail dans les eaux froides du loch je courais dès lors à sa suite. Je la trouvais finalement dans une barque, Assise sur le banc de nage, souriante et m’invitant à prendre place aux avirons. On a beau dire, le féminisme le plus acharné ne changera jamais certaines choses. Je m’installais et découvrit les joies de la navigation de plaisance. Mes bras protestèrent vivement mais j’avais envie de lui faire plaisir. Aussi nous menais-je jusqu’au milieu du loch. Je restais concentré sur mes mouvements pour ne pas nous envoyer à la baille jusqu’à ce qu’elle me dise de venir la rejoindre sur le banc de nage. Le soleil était bas et le loch commençait à prendre feu. Le ciel était dégagé – annonciateur d’une nuit froide – et la lumière rendait indissociable l’onde du ciel. Nous flottions dans un halo de feu et tout autour de nous les montagnes nous tenaient au creux de leurs mains de géants. Je poussais une exclamation et en entendant son rire étouffé je compris que c’était là l’effet qu’elle avait recherché. Ainsi baignés dans la lumière du crépuscule au milieu des eaux calmes de Lochmaree je sentis grandir en moi un sentiment très fort à l’égard d’Abigail.


Je l’observais un instant. Je me rappelais qu’elle était passée du statut de belle inconnue dans un train à celui de colocataire, puis d’amie à ce que je pouvais qualifier en cet instant d’amoureuse. Dans ses yeux brillait une lueur malicieuse. Elle avait prévu cela, j’en étais sur. Elle m’avait tendu un piège et j’avais foncé tête baissée droit dedans. Je ne lui en voulais pas le moins du monde. Je n’avais que trop longtemps refusé les cadeaux que la vie pouvait me faire. Elle avait un peu forcé le destin, m’avait laissé croire que tout ceci n’était qu’illusion. Une simple expérience avait-elle dit. Elle avait dit vouloir être mon pilote d’essai, aujourd’hui elle était sur le point de devenir mon port d’attache. Je devais prendre une décision. Accepter ce qu’elle m’offrait librement ou tourner les talons et retourner à mon existence solitaire loin d’elle. Le soleil poursuivit sa course vers l’ouest et les flammes autour de nous s’éteignirent peu à peu. Je lui dis qu’il serait peut-être temps de rentrer à la maison en insistant bien sur le dernier mot. Je venais de lui donner une réponse à la question silencieuse qui était en suspens entre nous depuis le matin. Elle passa ses bras autour de mon cou et m’embrassa. Cette fois je lui rendis son baiser avec une franche sincérité et je lâchais prise. Je m’abandonnai dans ses bras et laisser déferler en moi la vague de chaleur qu’elle me transmettait au travers de ces lèvres. L’expérience avait pris fin. Je n’avais plus besoin de savoir ce qui clochait chez moi car je venais de trouver quelqu’un qui ne s’en souciait pas. Et moi-même en cet instant, je ne m’en souciais plus.

Rapidement nous reprîmes la route. Il faisait nuit à présent et la lande prenait des allures de vieux films d’horreur – « eery » en gaélique. Nous riions en échangeant des commentaires sur les prétendues créatures des ténèbres qui peuplaient les terres sauvages et Abigail illustra certaines en me racontant l’une ou l’autre légende locale sur les banshees et autres fantômes écossais. Ses histoires me passionnèrent tant que j’en oubliais de regarder correctement la route, tout comme elle. Aussi, comme cela devait arriver, nous nous perdîmes. La route nous mena bien plus au sud que nous-le pensions. Egarés dans la lande désertes, c’est seulement aux alentours de vingt deux heures que la première bourgade nous apparue enfin. Lochcarron. Petite ville nichée sur les berges du loch du même nom. La population ne devait pas excéder deux ou trois mille habitants et à cette heure avancée, mis à part l’éclairage public, seul un pub – faisant aussi office d’hôtel – nous prouva que la petite ville était encore éveillé et en vie.


Je lui proposai d’emblée de ne pas demander notre route mais plutôt de rester ici pour la nuit. J’ajoutais comme argument que reprendre la route nous épuiserait et qu’il valait mieux être en forme pour rentrer. Elle me sourit et avant que j’aie le temps de relancer un nouvel argument – en faveur de notre crainte commune des fantômes des landes – elle était déjà sortie de la voiture et marchait d’un pas décidé vers la porte de l’hôtel. Je ne me fis pas prier pour la suivre emboîtais son pas prestement. Nous entrâmes et je découvris alors qu’il y avait encore des endroits au monde ou la loi n’avait pas de prise, car malgré l’heure tardive, le pub était toujours en activité, les clients fumaient à l’intérieur et la cloche de dernière tournée semblait bien ne pas avoir servit depuis des lustres. Il y avait une petite dizaine de personne dans la salle et notre entrée ne passa pas inaperçue. Des têtes se tournèrent alors que nous nous dirigions vers le guichet de l’hôtel. Le tenancier, un homme souriant et bedonnant approchant la soixantaine, nous accueillit avec un accent si prononcé que même Abigail eut du mal à le comprendre du premier coup. Finalement, une fois la barrière de l’argot local dépassée, nous prîmes une chambre et allâmes nous installer en salle pour se détendre un peu et bavarder. En allant au comptoir pour passer la commande je demandais au patron s’il y avait moyen de manger quelque chose à cette heure. Je compris plus ou moins qu’il était en effet possible de manger mais je ne compris pas un traître mot de ce qu’il me proposa, aussi acquiesçais-je à l’un des plats qu’il me proposa et repartis vers notre table avec deux pintes et la nouvelle d’un repas prochain. J’ajoutais également que je ne savais pas du tout ce que j’avais commandé. Voila que je replongeais tête la première en pleine jungle culinaire.

Une demie-pinte plus tard, on nous apporta deux bannettes d’osier garnies de frites – des pommes de terre coupées en quatre en fait – et une sorte de hamburger. J’aspergeais mes pommes de terre d’une bonne rasade de vinaigre et croquais dans le hamburger. A la première bouchée j’eu la certitude que cette viande n’était pas du bœuf. Abigail non plus ne semblait pas savoir ce qu’elle était en train de manger. Cela nous laissa dubitatif et d’un commun accord nous décidâmes de ne pas demander de quoi était fait ce steak – du loup-garou d’après une théorie personnelle. Mais notre faim était telle que nous avalâmes l’intégralité de la chose, qui se révéla au final excellente, sans se soucier de ce que nous avalions. Ce n’est que bien des années plus tard, en revenant à Lochcarron, que j’appris que c’était du cerf qui composait le hamburger que j’avais mangé ce soir-là. Après nous être sustenté, nous nous délassâmes à l’aide d’une tournée de drambuie – dès lors comme je l’appris je devrais me battre sous les couleurs de l’Ecosse si la révolte contre la couronne d’Angleterre éclatait un jour. Je commentais alors la journée que nous venions de passé ensemble et fit part à Abigail de toute la joie que j’eus à voir toutes ces choses avec elle. J’étais sincère, vraiment sincère. Elle le savait.

Je mis ensuite sur la table le sujet de l’expérience. Je n’eux pas grand-chose à dire, mon regard parla pour moi. Je la regardais comme on regarde un cadeau tant attendu. Je la regardais comme quand j’étais nouveau dans ma société et que les feuilles de statistiques me donnaient premier du service pour le nombre de dossier réglé et m’assurait une superbe prime. Une espèce de joie intérieure et une fierté mêlée, mais qu’on a du mal à exprimer sans en ressentir un peu de gêne. C’était étrange de comparer Abigail à une prime mais dans un sens je n’avais pas tort. J’avais trimé pendant des mois pour en arriver là et j’avais encaissé bien des choses. En bonne sentinelle je n’avais pas bougé de mon poste et aujourd’hui j’avais ma récompense. Je lui racontais tout cela, la métaphore statisticienne en moins. Je n’avais jamais été très bon pour les grandes déclarations mais le fait de lui dévoiler mes sentiments dans une langue autre que la mienne me força à simplifier mes propos. J’allais à l’essentiel en tentant d’y mettre néanmoins un peu de poésie sinon de lyrisme – je citais un ver de Yeats que j’aimais. Mon discours la toucha et elle me répondit, dans un français très approximatif. Le fait qu’elle pris la peine de me répondre dans ma langue me surpris tout autant que le sens de ses mots. Car étant traduite mot à mot, sa déclaration ne pouvait signifier rien d’autre que le fait qu’elle était en train de tomber amoureuse de moi.

Je me souviens que nous échangeâmes un sourire à la fois un peu gêné et  plein de satisfaction. Je lui proposais ensuite d’aller faire un petit tour sur les bords du loch et profiter un peu de la nuit au grand air. Nous sortîmes après avoir récupéré la clé de notre chambre et allâmes sur l’avancée rocheuse qui surplombait les eaux de Lochcarron et nous devisèrent jusque tard dans la nuit. Les étoiles et l’immensité du paysage pour témoin de notre complicité et de notre amour naissant. Aujourd’hui je me rends compte que j’ai oublié beaucoup de chose sur cette nuit passé à Lochcarron. Je garde néanmoins comme un très vif souvenir la sensation de soulagement, de bien être et de félicité qui ne me quitta pas pendant plusieurs jours après cette nuit là.

 
par Un type bien publié dans : Roman live
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