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© Un type bien

Mercredi 9 avril 2008

J’ai tout mon temps. C’est vous que ça va gêner, pas moi. Lui répondre quelque chose de gentil.



J’avais implicitement était accepté dans le clan et à table je fus installé à la place d’honneur, en face de Katherine. Le repas se déroula dans la meilleure des ambiances et je goûtais alors l’un des meilleurs haggis de toute mon existence. Il n’avait pourtant rien d’exceptionnel au demeurant mais il avait un goût de bien-être, de simplicité, de famille. Je découvrais également que le white pudding peut être traître. On me mit d’ailleurs en garde lorsque je me resservis une seconde part car sous son apparence innocente de céréales, de lait et de viande de porc mélangés il me tomba sur l’estomac comme une brique chaude et délicieuse. Je me disais que je ne mangerai plus pendant une semaine après un tel repas. Je passais d’ailleurs une heure ensuite à somnoler sur ma chaise sous le regard bienveillant de Katherine qui appréciait que je fasse autant honneur à son plat. Je me sentais comme un gros chat qui viens de finir son écuelle de pâté et qui ronronne couché sur un radiateur. Pour un peu je me serais endormi sur place.

 

Arriva finalement le moment de débarrasser la table et d’avoir une activité productive. Je proposais mon aide spontanément, surtout pour me réveiller et éliminer un peu le surplus dans mon estomac, mais on me renvoya à ma chaise encore une fois. Cependant ne voulant pas rester les bras croisé après une telle offrande de mets je décidais de sortir prendre l’air et voir si à l’extérieur il n’y avait rien que je ne puisse faire. Je pensais à rentrer les poubelles, déblayer l’allée ou tout autre activité simple. Finalement mon choix se porta sur un tas de bûche contre l’appentis qui ne demandait qu’à être débité. Relevant mes manches, je saisis la hache appuyée contre qui n’attendait que moi et  commençais à couper du bois. Le bruit attira quelques têtes à la fenêtre et bientôt Brian sortit à son tour pour me donner un coup de main. Nous parlâmes peu, sans doute à cause de l’effort qui nous prenait tout notre souffle, mais j’eus avec lui la typique conversation entre petit ami et grand frère. Il me rappela à quel point il tenait à sa sœur et je compris sans mal que je devrais bien me conduire avec elle sous peine d’en subir les conséquences. Je le rassurais sur mes intentions et évoquais pour la première fois de vive voix l’éventualité de rester faire ma vie en Ecosse. Il s’arrêta tout net dans son ramassage de bûches – que je fendais sans m’interrompre – alors que j’eus prononcé la phrase fatidique. Je me rendis alors compte moi-même de ce que je venais de dire. Je m’arrêtais et posais la hache à mes pieds. Brian me souriait. Il m’asséna une tape sur l’épaule et continua à ramasser le bois en silence. Je continuais à débiter des bûches en silence, repensant à ce que je venais de lui dire. Il semblait que mon instinct m’avait poussé sur un chemin que j’appréhendais de prendre. Au bout d’une heure environ Je posais la hache et soufflais, Brian me sourit et me dit en riant que nous avions assez de bois pour tout l’hiver. Il m’entraîna ensuite à l’intérieur de la maison, les bras chargés de bois de chauffage, et une fois dans la cuisine – où les enfants jouaient tranquillement – il nous servit à chacun un dram et nous bûmes de concert, sans un mot. A peine échangeâmes-nous un sourire de connivence. Brian allait peut-être devenir mon beau-frère dans un avenir plus ou moins proche. Cette pensée me fit sourire et me fit peur en même temps. Du bruit nous indiqua que les femmes étaient réunies au salon. Nous allâmes les rejoindre. Je craignais que Brian n’évoque notre petite conversation. Je n’avais jamais abordé le sujet avec Abigail et je ne voulais pas que la première fois se fasse devant toute sa famille réunie. J’avais dis à Brian que j’envisageais de rester vivre ici mais au fond de moi je n’en étais pas vraiment sur. Sans doute avais-je parlé ainsi pour le rassurer, mais l’idée maintenant évoquée commençait à faire son chemin dans mon esprit et alors que nous nous assîmes et que Katherine nous remerciait pour le bois je me disais qu’il faudrait très vite en parler avec Abigail. Sans vouloir paraître trop inquiet vis à vis la situation, mon avenir en dépendait. Il fallait que je lui parle. Rapidement.

 

L’après midi s’écoula entre tasses de thé et conversations sur un peu tout les sujets possibles. Nous abordâmes entre autre la France et les relations historiques qui l’unissait à l’Ecosse – union, voila bien un mot que je ne voulais pas entendre prononcer cet après midi là – et bientôt le ciel rougeoya. Susan sorti de la maison et alla signaler aux enfants qu’il était temps pour eux de partir. Ils protestèrent vivement mais finirent par rentrer et allèrent dire au revoir à leur grand-mère et leur tante. Ils se jetèrent également tout les deux sur moi et m’embrassèrent. Les enfants venaient une fois de plus de me confirmer que je faisais parti du clan désormais. Nous raccompagnâmes la petite famille jusqu’à la voiture et je vis alors Brian échanger quelques mots avec sa sœur en me regardant du coin de l’œil. Abigail eut l’air surprise et sourit juste après. J’en étais sur, Brian avait vendu la mèche. Je ne pouvais plus nier ce que j’avais dis maintenant et encore moins ranger ces pensées dans un coin de ma tête et remettre à plus tard la conversation imminente que j’allais avoir avec elle. Mais je me dis qu’il serait bien assez tôt le moment d’en parler, aussi fis-je comme si de rien n’était et m’absorbais dans la contemplation du paysage.

 

Une fois Brian et sa famille partis, nous rentrâmes à l’intérieur. Abigail déclara qu’il était temps aussi pour nous de partir. Je ne pouvais qu’approuver mais en même temps j’appréhendais notre départ car elle me lança à plusieurs occasions des coups d’œil qui en disait long sur ce que Brian lui avait dit plus tôt. Elle voulait aborder le sujet au plus tôt. Cela se sentait. Nous prîmes donc congé de Katherine et partîmes à notre tour de Fairburn. Je pris le volant pour rentrer. Cela étonna beaucoup ma compagne et je me justifiais en lui expliquant qu’il faudrait bien que je me fasse tôt ou tard au levier de vitesse à gauche. Elle rebondit sur ma réplique aussitôt en rétorquant que je devrais de toute façon faire revalider mon permis de conduire si je comptais rester ici. J’étais au pied du mur mais je n’avais pas eu le temps de bien me préparer à cette conversation. Aussi me contentais-je de la regarder en souriant et de reporter aussitôt mon regard sur la route en détournant la conversation sur l’itinéraire à prendre pour rentrer chez nous. Elle n’insista pas plus durant tout le trajet.

 

Je savais qu’une fois rentrés je ne pourrais pas échapper à une explication. Pendant le trajet du retour j’essayais de réfléchir à ce que je pourrais lui dire. Je pesais le pour et le contre dans ma tête. J’avais certes dis à son frère que j’envisageais de rester mais ma décision n’était pas encore arrêtée. Je repensais soudain à Amandine. D’habitude quand je prévoyais de prendre une décision importante je la consultais et nous en discutions. Là je devais agir seul. C’était bien dans l’optique de mon voyage, voir si une fois isolé je pouvais mieux gérer ma vie. Je repensais à la dernière fois que nous avions parlé. Je songeais à ce que nous nous étions dis au téléphone. Elle avait quelqu’un dans sa vie, elle semblait heureuse. Pour elle, mon éloignement c’était révélé bénéfique. Pour moi aussi cela avait été bénéfique et ça continuait à l’être, peut-être même pour longtemps encore. La boule d’angoisse revint m’étreindre le ventre. Et si je restais ici, que deviendrais notre amitié ? Avant même d’avoir pris une décision je savais qu’elle me manquerait si je ne la voyais plus. Je ne savais pas comment gérer ça. Je m’enfermais dans un mutisme songeur tout le restant de la route.

 

En arrivant chez nous je dis à Abigail que je devais aller faire une course et que je ne serais pas long. Je retardais un peu l’inéluctable et je devais mettre à profit ce temps qu’il me restait. J’allais donc rapidement au magasin du coin de la rue et achetais quelques broutilles afin d’avoir de quoi justifier mon absence. Puis je m’arrêtais à la cabine téléphonique et composais le numéro d’Amandine. Je devais lui parler. Cela ne pouvait pas attendre, c’était trop important, trop de choses allaient dépendre de la conversation que j’allais avoir avec Abigail dans l’heure qui allait suivre. Par chance elle était chez elle.

 

J’étais heureux de l’entendre et c’était également son cas. Nous échangeâmes quelques banalités mais très rapidement j’en vins aux faits. Je lui racontais par le menu les événements en essayant d’être le plus clair et le plus concis possible – je n’avais pas un temps illimité devant moi – et elle m’écouta avec beaucoup d’attention. Comme toujours je passais sous silence certains aspects des événements mais je laissais planer des silences équivoques pour qu’elle comprenne ce que je taisais. J’essayais d’être le plus objectif possible en lui expliquant que je vivais quelque chose de merveilleux et que j’étais sur le point de faire un pas de géant par rapport à toutes les relations que j’avais eu par le passé. Je lui demandais conseil, à elle qui me connaissait si bien. Elle prit le temps de réfléchir à ce que je venais de lui dire et finalement m’exposa ses arguments. Pour Amandine, je devais être honnête avec Abigail et lui dire que j’envisageais de rester mais que j’avais toujours des doutes et qu’il me faudrait sûrement un peu de temps pour prendre une décision définitive. Elle m’encouragea également à prendre les devant dans l’expectative de mon installation définitive en Ecosse, en commençant par exemple, à chercher du travail et en contactant mon employeur actuel pour négocier un licenciement, mon bailleur pour raccourcir mon préavis, ma banque pour clôturer et faire transférer mes avenants à l’étranger, bref régler mes attaches administratives pour préparer la transition au mieux si cela se faisait. Comme toujours elle avait vue plus loin que moi toutes les implications que ma décision allait engendrer, quelle qu’elle soit. Néanmoins je pensais qu’il était encore trop tôt pour penser à tout cela mais je me disais également que c’était une bonne manière de savoir si j’étais sur de ce que je voulais, de savoir si je voulais rester ici et vivre avec Abigail. Je la remerciais pour ces précieux conseils et lui promis de l’appeler très prochainement pour lui dire ce qu’il était ressorti de la conversation que j’allais avoir sous peu. Je lui dis enfin qu’elle me manquait et je raccrochais après qu’elle m’ait dit – dans un soupir – que je lui manquais également.

 

Je restais un instant la main sur le combiné à réfléchir. Elle avait raison, je devais faire face et affronter tout les bouleversements que pouvait impliqués ma décision. Je ramassais alors mon sac de courses et remontait la rue pour avoir la conversation que j’avais toujours redoutée.

 

par Un type bien publié dans : Roman live
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Mercredi 20 février 2008
Il croit que je vais raccrocher peut-être. Si j’appelle c’est parce que c’est nécessaire et que c’est la seule chose à faire.


Depuis cette nuit passée à Lochcarron tout avait changé. Désormais je ne dormais plus sur le convertible du salon, je ne frappais plus que par formalité – et par politesse – pour entrer dans la chambre de notre appartement afin d’aller dans la salle de bain et surtout, chaque jour je découvrais de nouvelles raisons de m’attacher à Abigail. Nous ne changeâmes pas beaucoup notre petite routine. Alternant promenade, longues conversations et tout ce que nous faisions déjà auparavant. Nous ajoutâmes à cela les délicieuses après midi d’enlacements et bien d’autres choses propres au couple que nous étions dès lors. Abigail me proposa d’entrer plus en avant dans sa vie – un pas de géant pour notre relation – en allant chez  sa mère le samedi suivant afin que je la rencontre. C’était un cap à franchir, un investissement sans possibilité de retour en arrière. En général j’évitais de déborder de joie à l’idée de rencontrer la famille d’une prétendante. C’est quelque chose d’assez effrayant en soit. Ca officialise la chose dans le cercle des intimes. On passe du statut de « personnes qui se vois souvent » à celui de « petits amis officiels ». J’avais déjà rencontré Eileen, sa tante, mais là elle me proposait de faire la connaissance de Katherine, sa mère.


Bien que je la connaisse de voix, je n’avais jamais rencontré Katherine. Je lui avais parlé à l’une ou l’autre occasion – toujours très brièvement – quand celle-ci appelait chez nous et qu’Abigail était sortie. Abigail lui avait également rendue visite à deux occasions depuis son retour dans le nord du pays mais je ne l’avais jamais accompagné. En temps normal j’aurais sans doute pris peur de rencontrer ainsi la famille de celle qui partageait mon existence. Mais là je n’avais pas le temps de tergiverser pendant des mois. La réalité étant que j’allais repartir dans un peu moins de quatre semaines. Abigail et moi n’avions toujours pas abordé ce sujet et pourtant je sentais parfois dans son regard le début d’un sentiment de tristesse à l’expectative de me voir partir. Tout était allé si vite que je décidais de continuer sur la lancée. Il serait toujours trop tôt pour parler de mon départ. Autant vivre l’instant présent sans nous poser de question. Pour le moment du moins. Voila ce que nous avions implicitement décidé. C’est ainsi que le week-end arriva et que nous prîmes la route pour aller dans le comté de Ross, à Fairburn.

J’avais déjà vu cet endroit. Une nuit alors que je cherchais un moyen d’améliorer mon existence au beau milieu d’une crise d’insomnie. Je me souvins que c’était cette partie de l’Ecosse qui m’avait décidé à venir ici. Ce comté précisément. Je fis part de cela à Abigail alors que nous longions Beauly firth. Elle me répondit qu’elle songerait à remercier la nature de m’avoir fait insomniaque et d’envoyer un mot de remerciement au service public français pour avoir produit ce documentaire. Durant le reste du trajet je me suis contenté de regarder le paysage qui défilait devant mes yeux. Je trouvais les étendues verdoyantes et les ondées du loch encore plus belles que d’habitude. Nous nous arrêtâmes rapidement à Beauly pour faire quelques emplettes – offrandes à la famille pensais-je alors – et aller prendre un thé. Abigail en profita pour me « briefer » sur sa mère et sur son frère afin que je ne mette pas les pieds en terres inconnues. Un rituel de plus dans notre vie de couple. J’avais quelques souvenirs de présentation à la famille où à chaque fois j’avais eu droit à un briefing. Je souriais pendant qu’elle m’expliquait qui était ses proches.


Je savais déjà que son père, marin pêcheur, était décédé plusieurs années auparavant lors d’une tempête en mer. Son frère Brian avait reprit le flambeau et vivait à Cromarty plus à l’est. Elle m’apprit qu’il était marié – à une infirmière du nom de Susan – et avait deux enfants qui s’appelaient Josh et Mary qui a eux deux ne faisait pas la moitié de mon âge. D’ailleurs lui et toute sa famille devait être présent ce jour-là. Ce détail ne fit rien pour calmer l’anxiété qui me gagnait. Elle avait été sage de ne pas me dire qu’ils seraient présents sinon j’aurais sans doute inventé une excuse – déformation professionnelle – pour ne pas venir. Rencontrer sa mère était une chose, mais son frère et sa famille qui me rappellerait toute la journée ce qui pourrait arriver avec Abigail dans l’avenir en était une autre. Je n’eus pas le temps d’angoisser ni de protester car elle se levait déjà et nous reprîmes la route.

Je ne prêtais pas grande attention au chemin que nous prenions. Je laissais Abigail mener notre petite escapade. A vrai dire je décelais de temps à autre chez elle comme une hésitation sur la route à prendre. Je comprenais parfaitement son déconcertement. J’eus moi-même l’impression de passer plusieurs fois au même endroit durant la demi-heure que nous passâmes sur la route. Soudain, après un virage nous passâmes sur un vieux pont de pierre et Abigail s’exclama que nous étions proche de notre destination. Elle nomma la rivière que nous surplombions alors – Orin river – et m’indiqua que sa mère vivait en haut de la colline adjacente à ce cours d’eau. Nous roulâmes encore pendant quelques minutes pour finalement prendre un chemin de traverse qui montait vers une tour en ruine au sommet d’une colline autour de laquelle volait une nuée de corbeau. Dans le genre cliché on n’aurait pas pu faire mieux et pourtant c’était on ne peut plus vrai. Le cottage de sa mère était adjacent à une ferme. Apparemment Katherine était une femme qui aimait la tranquillité. Je la comprenais. On a besoin de rien quand on à un tel panorama autour de soi. D’après le briefing qu'Abigail m’avait fait, sa mère avait arrêté de travailler à sa naissance. Elle avait été institutrice, avait cinquante six ans et vivait là depuis la mort de son époux. Elle habitait seule, n’avait pour seule compagnie que deux chats et – détail intéressant mais que j’ignorais jusqu’ici – parlait un peu le français.

Abigail arrêta la voiture devant la petite maison. Je pris une grande inspiration, puisais un peu de courage supplémentaire dans son sourire et je sorti de la voiture. Au même instant Katherine sortit de la maison et vint nous accueillir. C’est dans un français à l’accent très prononcé qu’elle me salua et joignant le geste à la parole me serra brièvement dans ses bras. Et moi qui craignais alors un interrogatoire suspicieux et une sérieuse étude de mon cas avant d’être jugé digne de sa fille. Je fus on ne peu plus soulagé. J’étais quasiment en pays conquit. Apparemment Abigail avait déjà dressé mon portrait en des termes flatteurs à Katherine. Je la remerciais d’un sourire alors que ses yeux me regardaient étreindre sa mère. Cependant je ne pouvais m’empêcher de me sentir comme piégé. Même avec toute la bonne volonté du monde je ne pouvais pas m’enlever de la tête que tout ceci sonnait faux et était fabriqué de toute pièce. Néanmoins je voulais faire plaisir à Abigail. Elle avait arrangé cette rencontre, elle voulait me présenter à ses proches. Je comptais pour elle, sinon elle ne l’aurait pas fait.

Je pris donc sur moi de faire bonne figure et d’oublier l’étrangeté de la situation car en y réfléchissant bien j’étais à plusieurs milliers de kilomètres de chez moi, en compagnie d’une femme dont j’ignorais tout quelques semaines auparavant, au milieu d’une famille qui ne connaissait rien de moi et dont je ne connaissait rien ou si peu. J’avais la désagréable impression de ne pas être à ma place, de jouer la comédie. Je m’attendais à chaque instant à entendre quelqu’un crier que c’était faux, que je trompais tout le monde en prétendant être à l’aise. En vérité, à cet instant j’aurais tout donné pour être ailleurs.

J’eus quand même droit à un peu de répit car Brian et sa famille n’étaient pas encore là. J’aurais donc un peu de temps pour me familiariser avec le terrain. Je suivis Abigail et sa mère à l’intérieur de la maison et nous nous installâmes dans la cuisine. Katherine nous proposa tout de suite une tasse de thé. J’acceptais sans poser de question. Autant se montrer sous un jour sympathique et courtois. Même si j’en avais une envie plus que présente je n’osais pas avouer, même en songe, qu’à cet instant j’aurais préféré un grand verre de whisky pour calmer la boule d’angoisse qui grossissait de minute en minute au fond de mon estomac. Abigail sembla lire dans mes pensées car elle se leva, dit à sa mère qu’elle avait un peu froid et alla chercher dans un placard une bouteille et trois verre et nous servis une rasade à chacun. Je n’osais pas vider mon verre d’un trait mais elle le fit et se resservit. Elle me lança un coup d’œil complice et je compris alors que j’avais l’autorisation de vider moi aussi mon verre d’un seul trait. Aujourd’hui encore je me demande si elle avait vraiment saisit mon malaise instinctivement ou si mon inquiétude se lisait sur mon visage. En tout cas je lui fus on ne peu plus reconnaissant car après deux dram, la boule dans mon estomac avait disparue. Je n’avais plus qu’un soupçon de mauvaise conscience à l’esprit. Cela suffirait à supporter le reste de la journée. Je l’espérais du moins.

Katherine entreprit alors de me faire faire le tour de la maison. C’était un petit cottage à un étage. Très spacieux en vérité, bien plus qu’il n’y paraissait depuis l’extérieur. L’entrée se faisait par la buanderie, qui menait ensuite vers la cuisine – rustique à souhait avec sa chaudière à bois – Puis il y avait un couloir donnant sur un petit bureau, l’escalier et le salon. L’étage comprenait deux chambres, de part et d’autre de la maison avec au milieu du palier la salle de bains. Je me surpris à penser que j’aimerais vivre dans une maison comme celle-là. Une fois la visite terminée, nous retournâmes à la cuisine où Katherine, aidée d’Abigail, commença à préparer le repas. En mon honneur il semblait bien que Katherine était décidée à me faire goûter le fin du fin de la gastronomie écossaise, le haggis et son white pudding. Me sentant un peu inutile, je proposais mon aide. Katherine me renvoya à ma chaise en me remerciant. Je décidais alors d’aller à l’extérieur afin de prendre l’air et d’aller voir de plus prés cette tour qui nous avait accueillit. Je prévenais Abigail et sa mère de mon intention et j’eu droit à une petite recommandation pour m’éviter de me prendre une pierre sur le coin de la tête. D’après elles, la tour tenait encore debout par un miracle et un simple éternuement pourrait suffire à faire tomber un pan de mur entier. Armé de cette précaution supplémentaire je sortis dans le jardin – façon de parler, peut-on appeler plusieurs hectares de terrain un jardin ? – et je me dirigeais vers la tour, le nez en l’air à regarder les corbeaux qui tournoyaient dans ce ciel où le bleu d’azur côtoie milles teintes de gris.

Mais je n’eu pas le temps d’approcher car à peine avais-je mis le nez dehors que j’entendais une voiture remonter la petite route qui menait à la tour. Brian et sa famille arrivaient. Etant planté au milieu du chemin ils m’avaient forcément vu. C’était donc à moi de les accueillir. J’aurais pu rentrer et aller chercher Abigail et sa mère, mais comme un cerf face à des phares en pleine nuit, je restais planté là à regarder la voiture qui s’approchait de plus en plus. Je cherchais les mots que je prononcerais pour les accueillir et je sentis que l’effet des deux dram perdait du terrain au détriment de la boule d’angoisse qui venait de reconquérir mes tripes. Les grands frères avaient toujours été une source d’angoisse pour moi, je repensais à cette chanson de The Police – I can’t stand loosing you – où il est question dans un couplet d’un grand frère géant voulant tuer l’amoureux éconduit. La présence de Brian me rappelait que je n’avais toujours pas décidé ce que j’allais faire ni ce que j’allais dire à Abigail. Allais-je partir ou rester ici avec elle ? Depuis quelques jours maintenant j’envisageais sérieusement de donner ma démission et de m’installer ici. C’était une lourde décision à prendre et la confrontation d’aujourd’hui m’apporterait sans doute des éléments de réponse pour prendre une décision sans me tromper. Katherine m’avait déjà plus ou moins accepté. Il restait maintenant Brian à convaincre. Et s’il ne me trouvait pas assez digne de sa sœur et si je lui étais antipathique ? Je n’eus pas le temps de trouver une réponse. La voiture se gara et je vis alors Brian, Susan et les enfants qui sortaient et s’avançaient vers moi. J’avalais ma salive et arborait un sourire un peu gêné, histoire d’attirer la sympathie. Ca ne coûtait rien de le faire.

Arborant un sourire mi-gêné je m’avançais vers eux. Brian fut le premier, il me tendit la main et me la serra vigoureusement. Ensuite ce fut au tour de Susan, qui elle me serra brièvement dans ses bras. Et enfin, je pris de moi-même l’initiative de saluer les enfants en m’agenouillant à coté d’eux et je fus pour le moins étonné qu’ils me répondent en français. Susan m’expliqua tout de suite que les enfants apprenaient le français à l’école et qu’ils étaient très excités à l’idée de rencontrer un vrai français. Je n’eus pas le temps de répondre à cela, juste le temps de sourire car Abigail et sa mère sortirent de la maison. Je profitais dès lors de mon point de vue extérieur pour regarder leur comportement entre eux – les us et coutumes du clan en somme.

Les enfants se jetèrent dans les bras de leur grand-mère et semblaient faire un concours pour savoir qui des deux l’embrasserait le plus. Pendant ce temps Susan serrait chaleureusement Abigail dans ses bras puis Brian souleva littéralement sa sœur du sol pour la saluer. Enfin, Susan embrassa Katherine, immédiatement suivit par Brian qui se contenta d’un baiser et d’un mot gentil à l’adresse de sa mère. Voila donc quels étaient les usages de ce clan d’après ce que j’en avais observé. La matriarche était au centre des attentions et prenait soin du bien être de la progéniture – ce que me confirma les shortbreads distribués aux enfants sitôt que nous fûmes rentrés. Le fils aîné faisait montre de beaucoup d’amour et de respect envers sa mère et montrait à l’égard de sa petite sœur une affection bien plus démonstrative ce qui suggérait qu’il la protégeait comme lorsqu’elle était enfant. J’en vins également à la conclusion qu’il y avait un message à mon intention dans l’étreinte de Brian et d’Abigail. Il me montrait que sa sœur comptait beaucoup pour lui et que je devais compter sur sa présence – non négligeable – si le moindre accroc survenait. Et enfin Susan, qui me montra qu’intégrer cette famille était simple si on en respectait les usages. Je me sentais comme un anthropologue ou un zoologiste en train d’essayer de m’intégrer à une communauté sauvage. Je les observais pour apprendre leurs coutumes et pouvoir me mêler à eux. Au moment de rentrer Abigail vint vers moi et m’embrassa en arborant un sourire radieux. Brian nous regarda du coin de l’œil mais je pu voir un léger sourire se dessiner sur son visage. Apparemment, il avait donné son accord. En l’absence du père, c’était de son aval que j’avais besoin. Je pris la main d’Abigail et nous suivîmes le reste du clan à l’intérieur de la maison. En cet instant, je n’avais plus peur. Je faisais partie du clan.

 
par Un type bien publié dans : Roman live
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