Tout fout le camp.
Je viens de passer la semaine à digérer plusieurs choses et non des moindre.
Premièrement, il va y avoir du changement dans la fosse. Mes deux collègues les plus proches – géographiquement parlant – sont sur le point de s’en aller et de me laisser seul suite à une fin de contrat et des négociations en plein échec. J’ose à peine imaginer le retard qui va s’accumuler si pendant une période donnée je suis seul maître à bord. Déjà qu’on a du mal à se maintenir à niveau à cause des retards occasionnés par ces fichus logiciels qui marchent quand ça leur chantent. Maintenant ça va vraiment être l’horreur. Je pense avec effroi à la pile gigantesque de documents à traiter qui va s’amonceler sur mon bureau dans les semaines à venir. Ça va être du délire pur et simple.
Mais passons sur ce petit incident de la vie de bureau. Moi, je débranche le mode travail entre dix sept heures et huit heures trente le lendemain. Donc ça ne va pas me gâcher la vie de savoir qu’il y a plus de trois mille documents de retard et qu’on est loin de les traiter.
Non, ce n'est pas ça l'important. Il y a eu un incident. Que dis-je, une catastrophe qui s’est produite durant ces dernières semaines et dont j’ai eu un compte rendu détaillé et irréfutable dimanche dernier. Je résume. Un barbecue d’anniversaire, tout ce qu’il y a d’ordinaire. Des rencontres, du punch, de la saucisse et une bonne ambiance. Qu’est-ce qui aurait pu gâcher tout ça ? Une simple constatation… De toute mes connaissances, hommes ou femmes, nous ne sommes plus que deux – Niniel et moi – à être des unités singulière. Pour le dire plus clairement. Ça se case à tout vent dans mon petit univers. Nous ne sommes plus que deux à être tout seul. Mais que va-t-on devenir ? Avec qui allons nous partager nos déboires et nos anecdotes de célibataires ? Toutes les copines ont trouvés à s’occuper et tous les potes sont rangés comme des chaussettes dans un tiroir. Je confirme… Tout fout le camp.
On peut dire que je l’ai pas vu venir celle-là, même si j’ai contribué à au moins une formation d’unité binôme.
En fait, cela fait huit mois que je vois autour de moi les 1 qui se transforme en 2. Tous y sont passés. L’ami du jeudi, le vieux pote, le bon ami, les frères, l’amie des arts, les copines… Tous ! Même Mr White est en passe d’abandonner sa carte de membre du club des célibataires. Perdre mon wingman, ça c’est un coup dur.
Alors que faire ?
La tentation est grande de céder à la facilité, de se trouver une autre unité singulière pour former un binôme. Mais je prends conscience que j’agirais plus par dépit que par envie. Je n’ai pas envie de me retrouver affubler de quelqu’un que je n’aurais pas choisis parce que j’en aurais eu envie mais parce que petit à petit je me retrouve isolé de mon réseau de connaissance. Je n’ai pas envie d’être victime de cette épidémie et de me retrouver, moi aussi, dans une unité binôme. Non pas que je n’en ai pas envie – j’avoue j’en crève d’envie – mais contrairement à la majorité des gens je ne pense pas qu’être seul soit une fatalité. Ça a, certes, ces désavantages mais je ne peux concevoir après tout ce temps de me rabattre sur la première venue sous prétexte de faire comme tout le monde.
Non, je refuse d’en arriver là. Malgré tout ce que je dis et clame chaque jour, j’y crois encore, enfin je crois encore à une chose. Je ne crois plus aux mythes, je ne crois plus à la déesse qui fera de ma vie un paradis, je ne crois plus à tout ça. La seule chose à laquelle je m’accroche encore c’est à cette certitude qu’un jour, quelqu’un, d’un seul regard va me figer sur place – comme c'est déjà arrivé. Mais en attendant que cela se reproduise, Niniel et moi devrons assumer le rôle qui sera le notre désormais. Nous serons les exceptions qui confirmeront la règle.
Moi, ça ne me gêne pas. Mais elle ? Va-t-elle succomber à la facilité et à cette pandémie ? Je trouve qu’il serait dommage d’abandonner l’unicité pour le duo, surtout pour un simple phénomène de mode… Façon de parler.
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