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© Un type bien

Mercredi 3 janvier 2007

Après cette expérience je devins plus méfiant vis à vis de mes collègues et de leur obstination à me caser. J'adoptai dés lors une procédure draconienne quand aux prétendantes qu'ils me proposaient, Sans aller jusqu'au CV détaillé, j'exigeai néanmoins certaines références afin d'éviter de perdre mon temps. Amandine m'aida dans la conception du cahier des charges pour le recrutement de mes futur rendez-vous arrangés. Nous étions partagés entre le pathétisme de la situation et le désir, pour moi du moins, d'éviter une nouvelle Stéphanie. Ma petite soirée avec l'amie de Claire avait fait pleurer de rire Amandine et c'est après qu'elle me proposa l'idée d'une charte de recrutement. Assis dans son salon autour d'un café nous avons défini le profil type et idéal de ma future compagne pour que je puisse la reconnaître au cas où je la croiserai dans la rue.

Je ne dirais pas que je suis un garçon difficile, mais je ne suis pas si facile que ça non plus. Pour ce qui est de l'apparence, je n'avait pas trop d'exigences, je préférai rester vague car on ne sait jamais vraiment ce qui nous plaît avant de l'avoir vu. Un jour on peut tomber sous le charme d'une blonde à lunettes et le lendemain succomber aux charmes d'une mystérieuse brune sous un parapluie rouge. Ce premier point établit, il nous fallait définir la psychologie de la future femme de ma vie ainsi que sa personnalité – si tant est qu'on puisse le faire – et enfin définir quel serait ses centres d'intérêts et références culturelles pour éviter un nouvel incident de catégorie Stéphanie – selon l'échelle de mesure établie par Amandine.

Nous dressâmes donc le portrait robot, Selon Amandine, qui me connaissait bien, il était impératif que la gentillesse soit la caractéristique principale des mes futures prétendantes. Elle ajouta également à cela les termes : altruiste, drôle et rêveuse. Je ne contestai aucun de ces mots mais j'ajoutai à la liste les mots curieuse et désintéressée. Le profil était quasiment bouclé. En effet, il fallait définir la délicate et ô combien importante catégorie socioculturelle. Là, une longue conversation et plusieurs cafetière nous firent arriver à deux conclusions. D'une part, si l'on prenait l'hypothèse de choisir quelqu'un qui aurait un niveau culturel supérieur ou égal au mien, je m'exposai au risque d'être rapidement dépassé ou de devenir dépendant de ce puits de culture et de savoir, et au final de tomber sous le joug d'un mentor qui finirait par me formater et m'ôter toute personnalité. A l'inverse, c'était là notre seconde conclusion, si je choisissait quelqu'un ayant des références aux antipodes des miennes le problème serait inversé et je courais alors le risque de conflits ouverts et systématiques. La seule solution viable était de choisir quelqu'un de mon milieu, de ma connaissance ou le cas échéant en relation plus ou moins proche de mon cercle d'amis. Ainsi je ne prendrai pour ainsi dire aucun risques.

Muni de ce portrait robot, j'écoutai dés lors les prétendantes que mes collègues évoquaient dans la salle de pause. Je triai les propositions en les comparant à ma grille de références et constatai avec amertume qu'aucune ne rentrait ne serait-ce que dans la moitié des cases prédéfinies. Il se passa ainsi plusieurs semaines sans aucune nouvelle de la future femme de ma vie. Pendant cette période de prospection infructueuse, Amandine eue de son coté une aventure dont elle me fit le récit un soir où nous dînions ensemble.

Entre une entrée de fromage de chèvre chaud à l'huile d'olive et un risotto à la milanaise elle me parla de François. Au premier abord, il semblait être un bon parti. Plutôt bel homme, une bonne situation, sans femme ni enfants – ce genre de piège était malheureusement une réalité. De plus il avait de l'humour et de l'esprit. Mais le François ne cherchait rien d'autre que quelqu'un pour occuper ses nuits et passer un peu de bon temps entre son travail et ses amis. Amandine avait renvoyé le monsieur dans ses pénates peu après cette découverte. Nous n'étions pas dupes, ce genres d'histoires nous étaient déjà arrivées et nous arriveraient sans doute encore. De plus, nous y trouvions notre compte de temps en temps. Après tout, ce n'est pas parce que nous cherchions le grand amour qu'une aventure sans lendemain n'était pas envisageable. Nous levâmes nos verres une fois de plus et nous finîmes de dîner. Je proposai à Amandine d'établir pour elle aussi un portrait robot du futur homme de sa vie mais elle me fit comprendre que cette idée ne lui convenait guère. Amandine m'expliqua qu'elle préférait agir selon ses coups de foudre et qu'un amour sans spontanéité de départ lui déplaisait. Elle avait donc décidé de continuer sa quête en se fiant à son coeur et son instinct. Nous avons poursuivis la conversation sur le chemin du retour alors que je la raccompagnai chez elle.

En rentrant ensuite chez moi, je repassai dans ma tête la conversation que nous avions eu, et je me demandai pourquoi Amandine et moi étions à ce point des handicapés de la vie amoureuse. Georges Perec déclara un jour lors d'une conférence que le réel, c'est ce qui cloche. Ma vie amoureuse est on ne peut plus réel alors. J'entraperçus une solution. Pour savoir ce qui clochait dans ma vie, il fallait que je confronte ma propre expérience à d'autres tout aussi réelles. J'en été convaincu depuis un moment maintenant, je n'était pas seul dans ce cas. Amandine en était la preuve. Il devait y en avoir d'autres, comme nous, qui étaient handicapés de la vie amoureuse. J'étais décidé à agir pour enfin comprendre et rectifier le tir. Je passai alors une partie de la nuit à réfléchir et à imaginer le moyen de corriger le réel pour Amandine et moi en se basant sur d'autres expériences. J'eus l'illumination vers trois heures du matin alors que la bouilloire sifflait. Un groupe de discussion. A la manière des alcooliques anonymes. L'idée me semblait folle mais parfaitement logique. Dés le lendemain j'appelai Amandine et lui exposai mon plan.

Mon idée l'emballa. Il nous fallait un local, un planning pour les réunions et surtout trouver des gens qui comme nous ne parvenaient pas a trouver, et surtout, à garder quelqu'un. Le lieu fut le plus simple à trouver. Non loin de chez elle, il y avait une salle polyvalente appartenant à la mairie. Après avoir pris les renseignements d'usage nous fîmes un demande officielle pour l'attribution de la salle deux soirées par mois. Ceci fait, il nous fallait établir une sorte de charte pour notre groupe de parole, des règles et une procédure pour les réunions de ce que nous avions baptisé la CHRA. Abréviation pour le club des handicapés de la relation affective. Nous n'établîmes que quelques règles de bases. La première et la plus évidente était que le club serait exclusivement ouvert aux célibataires. Nous n'avions pas envie de nous retrouver à la tête d'un groupe de thérapie de couple. Ensuite le groupe se devait d'être mixte, et d'une parité relativement juste, afin d'avoir des avis et des points de comparaisons aussi éclectiques que possible. Enfin, il était évident pour nous que tout les participants devraient prendre la parole lors des réunions. Nous avions besoin de connaître les expériences des autres pour prendre du recul sur notre propre vie. Mais cette règle avait aussi pour but de dissuader les squatteurs de réunions, ne sachant pas quoi faire le soir, de venir et de passer le temps en nous écoutant raconter notre vie.

Il fallut presque deux mois pour que la mairie accède à notre demande et nous attribue la salle. Entre temps, la vie continua et apporta son lot d'aventures et de désillusions.

par Un type bien publié dans : Roman live
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Vendredi 22 décembre 2006
- Service information et réclamation bonjour ! Roland à votre écoute.


D'après les statistiques que je recevais sur mon bureau chaque lundi matin, moi et mes collègues prononcions cette phrase quatre vingt dix sept fois par jour en moyenne. S'en suivait généralement une conversation d'un temps moyen de deux minutes et quatorze secondes. Ces appels étaient pour cinquante huit pour cent au sujet d'un retard de livraison, treize pour cent au sujet d'information diverse telles que une référence client ou un numéro de fax, neuf pour cent au sujet d'un problème de règlement de facture en notre faveur, sept pour cent au sujet d'un problème de facture en faveur du client, cinq pour cent pour un changement d'adresse de livraison ou de facturation, cinq autre pour cent au sujet de nos offres promotionnelles et enfin les trois dernier pour cent qui étaient les réclamations confuses et inclassables ou les gens au bout du fil passent le plus clair de leur temps de communication à hurler. Ces trois dernier pour cent étaient ma spécialité.


Il est particulièrement jubilatoire de garder son sang froid et son calme en toute circonstance. Surtout dans mon travail Celui-ci consistait surtout à me faire gueuler dessus à longueur de journée par des clients mécontents des services de la société qui m'employait. J'avais développé à force d'expérience le syndrome du messie, je prenais tout pour moi et j'endossais la responsabilité des autres. J'étais bouc émissaire professionnel mais le terme officiel est chargé de relation clientèle. Chaque jour, j'écoutais, je compatissais, je rassurais. J'étais pour tout ces gens déçus le type qui les comprenait et qui faisait tout – ce qu'ils croyaient naïvement – pour arranger leurs petites affaires. Le fait est que j'étais – et j'espère l'être toujours aujourd'hui - vraiment un type bien dans le fond et ça me faisait enrager de constater que mis à part leur argent, ma société se contrefichait de ses clients. Nous autre, chargés de clientèle, étions les sentinelles et le dernier rempart protégeant la direction d'une horde de consommateurs en furie. On essuyait coup sur coup et on encaissait sans broncher les plaintes, les cris et les menaces. Dans l'entreprise je faisais office de référence pour ma longévité dans le service sans arrêt maladie pour dépression nerveuse. Cette ténacité au front me donnait un avantage et certains privilèges. La direction n'était pas trop regardante sur mes petits retards à répétition ni sur mes pauses clopes à rallonge. Certes j'avais un boulot stable, payé convenablement et dans lequel je me sentais utile, mais il est une chose dans ma vie contre laquelle mes talents de messie ne pouvaient rien. Ce quelque chose c'est le désert stérile et aride qu'était ma vie affective.


Force est pour moi de constater que j'étais incapable malgré tout mes efforts de trouver une femme qui veuillent bien rester auprès de moi plus de trois semaines. Une chose me troublait profondément dans tout cela. D'après mes amis, mes collègues et mes ex copines, j'étais un bon parti et pour reprendre l'expression, quelqu'un de bien. En ce qui concernent les femmes qui ont partagées un temps mon existence et qui sont parties j'ai des doutes sur la véracité de leurs propos, sinon au moins l'une d'elle serait resté. C'était vraiment quelque chose de difficile à vivre au quotidien et qui régulièrement me mettait le moral à zéro. J'avais sans cesse en tête cette question. Qu'est-ce qui cloche chez moi ?


On dit qu'un malheur n'arrive jamais seul. Heureusement pour moi, mon malheur je ne le vivais pas seul. Être quelqu'un de bien et désespèrement seul était un phénomène de plus en plus répandu, j'en étais – et je le suis encore - intimement convaincu. J'ai rencontré quelqu'un comme moi. Amandine, ma meilleure amie, la seule que j'ai jamais eu. Elle aussi était atteinte du syndrome des gens biens. C'est d'ailleurs elle qui m'a fait penser pour la première fois que notre malheur était un fait de société et non un cas isolé. Quand je l'ai rencontrée, Amandine avait mon age, Amandine était plutôt jolie, Amandine était intelligente, Amandine avait de l'humour, Mais Amandine était tout comme moi seule et désespérée de l'être. On s'est rencontrés lors d'un dîner chez une connaissance commune. J'avais plus ou moins été invité par accident. N'ayant ni l'envie de rester chez moi un samedi soir ni de plan de rechange, j'y suis allé. On m'installa à coté d'Amandine et c'est ainsi que je fit sa connaissance. Entre nous ça a commencé le plus simplement et le plus formellement du monde. Assis l'un à coté de l'autre, nous avons entamé les hors d'oeuvre et la conversation. Elle m'a tout de suite plu. Je me suis arrangé pour avoir son numéro de téléphone et je l'ai invité quelques jours plus tard à aller prendre un verre. Elle a acceptée. A l'époque, tout comme aujourd'hui, nous étions tout les deux seuls. Nous avons fait plus ample connaissance, nous nous sommes bien entendus et ça c'est arrêté là. Pour le dire plus simplement, j'avais pris une veste. Certes j'étais toujours seul mais j'avais dès lors une amie. Amandine avait eue la décence de ne pas me servir un excuse bidon, auxquelles je suis largement habitué, pour rejeter ma candidature. Elle m'a simplement dit qu'elle n'avait pas d'attirance pour moi. Une telle honnêteté n'a fait que renforcer ma conviction que cette fille est vraiment quelqu'un de bien.


Depuis ce jour, nous fûmes les inséparables compagnons d'une traversée du désert affectif. Nous nous soutenions mutuellement, nous échangions nos expériences désastreuses autour d'un grand cru et nous célébrions régulièrement notre désespoir au champagne.


La désertification affective qui dirigeait ma vie était connue de tous. Je ne cessais de dire au gens qui me connaissaient et qui me qualifiaient de type bien que c'est aux millions de célibataire de ce pays qu'ils fallait le dire. Cette réflexion faisait beaucoup rire Amandine. Au travail, mes collègues tentaient de me faire rencontrer quelqu'un. J'ai trouvé cela amusant au départ, mais j'ai vite déchanté. Ce n'est pas que mes collègues y mettaient de la mauvaise volonté, bien au contraire, mais je crois qu'il se faisaient de fausses idées sur ce que j'attendais d'une femme. La première fois que j'ai accepté un rendez-vous arrangé, c'était à l'initiative de Claire, ma voisine de bureau. Elle m'arrangea une rencontre avec une certaine Stéphanie. Une amie à elle, célibataire depuis quelques semaines, relativement pourvue de charme, mais à mon plus grand déplaisir totalement superficielle et inculte de tout ce qui pouvait sortir de la presse people ou de la soupe culturelle prédigérée. J'ai passé cette soirée à écouter Stéphanie bavasser sur tout et n'importe quoi sans pouvoir en placer une. Enfin si, j'en ai placé une. A la fin de la soirée, devant chez elle, quand elle me proposa de monter prendre un dernier verre. Je lui ai répondu avec sincérité et conviction – déformation professionnelle – que j'avais besoin d'être un peu seul pour me remettre de la séparation de je ne sais plus quel couple célèbre qu'elle avait évoquée durant la soirée. Elle ne su quoi répondre et je suis parti avec une irrépressible envie de rire que je laissait s'exprimer une fois le coin de la rue passé.


Claire ne m'adressa pas la parole pendant une semaine après ce coup là. Elle ne me présenta plus personne non plus. Ce qui ne me dérangea pas au final car si j'avais du ressortir avec une prétendante du même tonneau, je l'aurai trucidé avant la fin du premier verre.

par Un type bien publié dans : Roman live
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