Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Avertissement

L'ensemble des textes présents sur ce site sont et restent l'entière propriété de son auteur. Toute utilisation, même partielle doit faire l'objet d'une demande préalable.

© Un type bien

Mercredi 16 avril 2008

Comme tous les jours depuis un mois, je squatte la fosse aux lionnes à l’heure du déjeuner pour répandre ma prose sur mon clavier. Temps volé à mon entreprise pour ma créativité personnelle, il reste néanmoins un temps qui devrait être mis à profit pour me sustenter. Mais moi je me sustente plus tard. En général aux alentours de treize heures, quand la salle commune est quasiment déserte et moi et mes camarades avons pris l’habitude de nous retrouver à cette heure pour éviter les inéluctables discussions entre collègue à propos du travail. Donc je prends mon mal – ma faim – en patience et j’attends patiemment malgré les gargouillis de mon estomac qui à cette heure contient plus de café que d’élément solide.

 

La nourriture, et par conséquent la notion de faim, est un élément non négligeable dans mon étude des comportements de mes collègues. Je commence à connaître presque par cœur le planning repas de chacun et je sais presque aussi sûrement ce qu’ils vont manger en fonction du jour de la semaine. On peut même reconnaître les clans en fonction de l’endroit où ils commandent ou prennent leur repas. Les prospectus et autre menus à l’accueil – face à la charmante standardiste – en dise long sur les habitudes de la boîte. J’ai pu également observer qu’au fur et à mesure que les mois passaient, certains menus étaient remplacés par de nouveaux plus « design » ou que certaine enseigne avaient purement et simplement disparu de la ronde des livreurs de pitance.

 

On m’a d’ailleurs rapporté une anecdote au sujet de l’un de ces livreurs. Je trouve le phénomène assez intéressant pour être cité. Je résume.

 

L’une des lionnes a un jour commandé un sandwich contenant œufs et crudités chez l’un de nos fournisseurs. La malheureuse à eu la malchance de tomber sur un œuf dont la fraîcheur était un peu dépassé. Elle fut donc malade. Mais elle fut la seule. Ayant dès lors une dent contre la fabrique de sandwich en question, celle-ci parti en croisade contre l’enseigne jusqu’à lors très bien réputée. Conséquences, en trois jours seulement, l’enseigne en question a vu passer ses commandes journalières de soixante à moins de dix sandwichs. Le livreur en question – accessoirement batteur de rock le week-end – a voulut connaître la raison de cette désertion massive de clientèle. Il s’est donc rapproché des derniers irréductibles passeurs de commandes pour avoir de plus ample information. C’est là qu’il a appris l’histoire de l’œuf pas frais. Il a d’ailleurs tenté d’en faire part à la principale intéressée mais celle-ci ne voulait plus rien savoir et avait fait une telle campagne de boycottage en bonne et due forme qu’elle serait passée pour une girouette si elle était revenue sur sa position.

 

Pauvre d’elle, car le livreur était prêt à lui fournir gratuitement pendant un temps donné toute la pitance qu’elle aurait pu avaler sur son lieu de travail. Elle ne voulut rien savoir et l’enseigne perdit alors l’un de ses plus gros clients dans toute la zone où sont réunies les entreprises qui entourent la mienne.

 

C’est le livreur lui-même qui m’a raconté cette histoire vendredi dernier. J’étais avec un collègue qui avait besoin de faire un arrêt au tabac sur le chemin du retour et en entrant dans le bar-tabac le livreur nous a reconnus et offert une bière. Après cette histoire, mon collègue et moi avons décidé de réhabilité la réputation de son enseigne car le rapport qualité prix est impeccable – la demie baguette garnie jusqu’à la garde à moins de quatre euros ça le fait – et contrairement aux autres enseignes franchisées qui nous livrent, lui ne demande pas de minimum pour la livraison et livre à toute heure de la journée.

 

Au regard de cette histoire, je comprends un peu mieux la loi du marché et je ne peu que resservir – faim oblige ce dicton qui dit que la rumeur tuerai toujours plus vite qu’une balle. Un œuf a enlevé la quasi-totalité de la clientèle de cette enseigne fort sympathique et aux produits des plus délicieux. En regardant tout cela d’un œil plus lointain je comprends désormais qu’il peut être très dangereux et risqué d’être propriétaire d’une enseigne gastronomique. Nourrir son prochain est vraiment une grande responsabilité.

 

Mais à cette heure j’ai faim à mon tour et j’attends donc patiemment treize heure et mon livreur sympathique pour pouvoir me délecter d’un panini au rôti de bœuf dont ils sont les seuls à avoir le secret.

 

 

par Un type bien publié dans : Chroniques du quotidien
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Lundi 14 avril 2008

Hier soir j’ai passé le début de la soirée chez mon ami du jeudi. Il est prévu depuis un moment déjà que lui, d’autres camarades et moi-même allions au mois de juin nous mettre dans la peau de personnages imaginaires le temps d’un week-end. Et hier soir je venais lui rendre visite pour lui permettre de faire un choix dans mes frusques et se préparer un costume digne de ce nom. Après une séance d’essayage sous le regard hilare de la demoiselle de cœur de mon ami du jeudi nous avons mangé ensemble et bavardé un peu.

 

La soirée n’était pas trop entamée mais je sentais bien qu’il ne fallait pas que je rentre trop tard, comme une intuition. D’autant que je m’en serais voulut de priver les deux tourtereaux d’un peu d’intimité. Je me suis donc éclipsé aux alentours de neuf heures et demie mais avec comme idée de faire une petite balade et profiter un brun de l’air frais mais doux de cette soirée de printemps.

 

Me voila donc arpentant Rihours, puis Gambetta, puis Solferino, puis Vauban. Je n’était plus très loin de chez moi et je commençais à me faire à l’idée de passer cette fin de soirée devant mon écran ou le nez dans un bon bouquin – un café à la main cela va de soi. Devant moi j’ai remarqué alors une jeune femme qui marchait d’un pas assuré et dont les cheveux ondulaient au gré de ses pas. Tout d’abord intrigué, je me suis demandé qui elle était, ce qu’elle faisait là. Bref j’essayai de lui inventer une vie. J’ai continué donc à avancer en imaginant son histoire et j’ai remarqué très vite que nous allions dans la même direction.

 

Ne l’ayant vu que de dos jusque là je me demandais tout à coup de quelle couleur pouvaient bien être ses yeux. J’étais alors à moins de vingt mètres derrière elle. Sans vraiment réfléchir, j’ai allongé le pas et je l’ai rattrapé au coin du carrefour de Cormontaigne. Je l’interpelle…

 

- Mademoiselle !

 

Elle s'arrête et se retourne.

 

- ...

- Ca fait quelques instants que je marche dans la même direction que vous et je me demandais de quelle couleur étaient vos yeux.

-...

 

Je la regarde droit dans les yeux et elle soutient le regard, en souriant. Je découvre alors qu’elle a les yeux bleus.

 

- Je m'appelle untel. Dis-je en lui tendant la main qu'elle prend. Et vous ?

- Untelle...

 

Sans lui lâcher la main

 

- Untelle vous avez des yeux magnifiques.

- Merci. Dit-elle en souriant

  

Je m'en vais alors après lui avoir souhaité une bonne fin de soirée dans un sourire. Mais je me ravise et je fais demi-tour, je l'interpelle à nouveau et pour la rejoindre je traverse les buissons du carrefour, je me retrouve donc sur une pierre – a plus d’un mètre du sol – au milieu des arbustes. J'enchaîne sans hésitation malgré le ridicule de ma situation et un passant promenant son chien qui me regardait d’un air interrogateur.

 

- J'habite le quartier et j'aimerais beaucoup vous inviter à prendre un café la prochaine fois qu'on se croisera.

- Oui, d'accord.

- A une prochaine fois alors. Bonne fin de soirée.

- Bonne fin de soirée aussi.

 

Et je suis rentré chez moi avec le sourire.

 

Je me demande encore pourquoi je ne lui ai pas demandé son numéro, ou même proposer de l’accompagner un bout de chemin. Sans doute parce que ça aurait été trop facile et peut-être trop rapide. Je vais devoir squatter un peu plus souvent ce carrefour si je veux revoir ces jolis yeux bleus. En rentrant chez moi je me demandais toujours ce qui m’avait pris de faire ça. Ça ne me ressemble pas, je ne fais pas ça d’habitude. Peut-être que le temps qui passe me pousse à croire qu’il faut savoir se jeter à l’eau pour faire bouger les choses. Je me demande quand même si je la recroiserai un de ces jours ? Je l’espère…

 

par Un type bien publié dans : Chroniques du quotidien
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
créer un photo blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus